Pesticides : les agriculteurs insuffisamment protégés

Le 07 mai 2010 par Sabine Casalonga
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La prévention des risques professionnels liés à l’application des pesticides est encore insuffisante, en dépit de progrès réalisés depuis 10 ans. Face à des équipements de protection individuels pas toujours fiables, les experts ont mis l’accent sur la formation et le développement de méthodes alternatives, lors d’un colloque organisé par le réseau Anact, l’Afsset et la MSA, ce jeudi 6 mai.

De nombreuses pathologies chez les agriculteurs, dont des cancers, sont suspectées être liées à une exposition aux pesticides. Pourtant, le nombre de maladies professionnelles reconnues par la mutualité sociale agricole (MSA) est inférieur à celui de la Sécurité sociale pour la population générale. En outre, la sensibilisation au risque chimique serait encore faible au sein du monde agricole, en dépit d’un certain progrès. « Depuis 20 ans, on a constaté une évolution des mentalités, ainsi qu’une prise de conscience du risque posé par les phytosanitaires chez les agriculteurs», analyse Laure Ledouce, de la Caisse centrale de la MSA (CCMSA).

Une directive (1) encadre les autorisations de mise sur le marché des produits phytosanitaires. Celles-ci sont accordées en fonction des résultats de l’évaluation des risques fondée sur les études de danger (toxicité, cancérogénicité, etc.) chez l’animal et des modèles d’exposition. Ces études sont toutefois limitées et ne reflètent pas toujours la réalité de l’exposition sur le terrain. « Une étude de métrologie en Rhône-Alpes a montré, contre toute attente, que la valeur limite d’exposition professionnelle (VLEP) était dépassée pour un produit donné» souligne Jean-Luc Dupucet de la CCMSA. Des éléments complémentaires méritent donc d’être pris en compte.

Phyt’attitude, un réseau de toxicovigilance mis en place par la MSA depuis 10 ans, remplit en partie ce rôle. A partir des signalements de cas d’exposition collectés, la prévention peut parfois progresser. C’est ainsi par exemple qu’un arrêté imposant un délai minimal entre le traitement d’une culture et la reprise du travail sur la zone concernée a été élaboré. Les experts ont également observé une augmentation du nombre de femmes utilisatrices de pesticides, un constat préoccupant quand de nombreuses substances sont associées à des risques de toxicité pour la reproduction.

Quid des outils de protection ?

L’emploi de gants, de masques ou de vêtements de protection, regroupés sous le terme générique d’équipements de protection individuelle (EPI) est évidemment recommandé lors de l’application des pesticides. Mais les agriculteurs manquent d’informations. Prônée par plusieurs intervenants, une solution consisterait à mentionner de façon explicite dans la notice des produits phytosanitaires, les EPI adaptés, voire à commercialiser directement ces produits avec les EPI correspondants.

Reste que ces EPI ne sont pas toujours fiables. La campagne de contrôle conduite en 2009 par le ministère du travail et l’Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail (Afsset), suite à une alerte donnée en 2007 par deux chercheurs, l’a montré de façon alarmante (2). 9 modèles de combinaison sur 10 destinés à la protection des travailleurs contre le risque chimique se sont révélés non conformes. L’Afsset a également montré que les classes de protection ne reflétaient pas leur efficacité réelle, appelant à réviser les normes pour ces combinaisons. Autre constat similaire : les cabines de tracteur « étanches » ne seraient en réalité pas totalement hermétiques aux pesticides, selon une autre étude conduite par le Cemagref : « Toutes les cabines étaient polluées », affirme Sonia Grimbuhler du Cemagref.

Le manque de contrôles du travail, en raison d’une baisse d’effectifs au sein de la fonction publique, est un autre problème évoqué au cours du colloque. Face à cette situation, Thierry Mercier, estime qu’« adapter l’organisation du travail et développer la formation sont des préalables essentiels, les EPI venant en dernier ressort ».

Il existe néanmoins des marges de manœuvre importantes. « Il est nécessaire de passer d’une logique techno-centrée à une démarche intégrant les enjeux, économiques, agronomiques, mais aussi environnementaux et de santé et sécurité au travail», déclare Alain Garrigou, chercheur à l’université de Bordeaux. La formation des utilisateurs est également mise en avant. Les machines, par exemple les pulvérisateurs, prennent davantage en compte les questions de sécurité, notamment sous la pression de la réglementation. D’autres intervenants ont enfin appelé à développer des méthodes alternatives afin de réduire le recours aux pesticides.

(1) Directive 91/414/CEE

(2) Dans le JDLE « Risque chimique : 90 % des vêtements de protection non conformes »;  « L’Afsset appelle à réviser les normes des combinaisons de protection »

 



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