Pesticides: le métam-sodium, victime de sa toxicité aiguë

Le 26 octobre 2018 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
Une réévaluation en cours à l'Anses
Une réévaluation en cours à l'Anses
DR

L’utilisation du métam-sodium, biocide utilisé notamment dans la culture de la mâche, est suspendue jusqu’au 31 janvier 2019, selon un arrêté publié vendredi 26 octobre au Journal officiel. Les intoxications aiguës seraient-elles la route la plus rapide pour sortir des pesticides?

Entre fin septembre et début octobre, le métam-sodium, puissant biocide qui tue aussi bien les vers, les insectes et les plantes que les champignons, a engendré trois épisodes d’intoxication dans le Maine-et-Loire, touchant aussi bien des travailleurs agricoles que des riverains d’exploitations.

Le 9 octobre, ce sont ainsi 61 travailleurs agricoles qui ont été intoxiqués à Brain-sur-l’Authion, dont 17 ont dû être hospitalisés. Un quatrième épisode d’intoxication est par ailleurs survenu la semaine dernière dans le Finistère.

Une suspension de trois mois

Après une suspension de l’utilisation en Maine-et-Loire, d’abord jusqu’au 26 octobre puis jusqu’au 31 décembre, le gouvernement a tranché à son tour: «l'utilisation des produits phytopharmaceutiques contenant la substance active ‘métam’ ou ‘métam-sodium’ est suspendue jusqu'au 31 janvier 2019», selon un arrêté publié vendredi 26 octobre au Journal officiel.

Saisie en juillet, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) réévalue les conditions d’utilisation du métam-sodium, des travaux dont les conclusions sont attendues «pour la fin de l’année», indiquent les quatre ministères concernés (agriculture, santé, transition écologique, économie) dans un communiqué commun.

Des conditions d’utilisation non respectées

«Selon les premiers constats des services de l’État, les préconisations d'utilisation des produits phytopharmaceutiques n'auraient pas été correctement respectées dans les cas d’intoxications recensés. Les conditions climatiques ont également pu contribuer aux incidents», indiquent les ministères. La dispersion du produit aurait été facilitée par une température anormalement élevée.

Ce biocide est interdit dans l’Union européenne, mais il reste possible de l’utiliser par dérogation. Si l’association Générations futures dit «se féliciter de cette suspension», elle attend «que l’utilisation de cette molécule soit définitivement interdite, idéalement au niveau européen, et en attendant dans les produits vendus en France, et ce le plus rapidement possible».

Une réactivité rare

Optimiste, France Nature Environnement perçoit même derrière cette suspension «une première étape vers la sortie des pesticides». Une sortie qui, selon la logique prévalant pour le métam-sodium, sera certes rapide, mais jonchée de victimes intoxiquées: à titre de comparaison, les néonicotinoïdes (suspendus dans l’UE, interdits en France) n’ont pas eu droit à la même célérité, malgré la multitude d’études démontrant leurs effets sur les pollinisateurs. Quant au glyphosate, il semble lui aussi destiné à une longue saga.

Dernier signe de frilosité en date: mercredi 24 octobre, les experts du Scopaff (1) , à la Commission européenne, ont allongé d’un an l’autorisation du chlorpyriphos, insecticide aux effets perturbateurs endocriniens, lié à des troubles du développement cérébral des enfants. En cause, un retard pris dans le processus de réévaluation du produit. En une semaine, une pétition demandant l’interdiction du produit a été signée par plus de 135.000 citoyens européens.

(1) Comité permanent des animaux, des végétaux, des denrées alimentaires et des aliments pour animaux



Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus