Pesticides: le chlorpyriphos accusé de favoriser l’autisme

Le 04 avril 2019 par Romain Loury
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Le chlorpyriphos
Le chlorpyriphos

Après le glyphosate, le chlorpyriphos? Objet d’une pétition européenne demandant son interdiction définitive, cet insecticide, parmi les plus utilisés dans l’UE, serait lié à un risque accru d’autisme chez les enfants exposés in utero, selon une analyse de la littérature publiée dans les Environmental Health Perspectives (EHP).

En raison de sa forte toxicité, cet organophosphoré n’est plus utilisé, en France, que pour la culture des épinards, et un seul produit demeure autorisé (le Pyristar de la société Adama). D’autres pays européens l’ont totalement interdit, tels l’Allemagne, la Suède et le Danemark.

En cours de réautorisation au niveau de l’UE, le chlorpyriphos fait l’objet d’une pétition, signée à ce jour par plus de 173.000 citoyens européens. L’affaire n’est pas sans rappeler celle du glyphosate: en novembre 2018, une étude publiée dans la revue Environmental Health révélait que des études de toxicité ayant servi à l’homologation du produit présentaient d’importants biais d’interprétation, passés inaperçus des autorités de régulation des pesticides.

Aux Etats-Unis, 1 enfant sur 59

Dans la revue EHP, d’autres chercheurs tirent la sonnette d’alarme quant à un éventuel risque d’autisme. Ce trouble du développement cérébral ne cesse de progresser chez les enfants: selon les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) américains, il touchait 1 enfant sur 59 aux Etats-Unis en 2014 (avec quatre fois plus de garçons que de filles), contre 1 sur 150 en 2002.

Katherine Pelch, de l’organisme Endocrine Disruption Exchange (TEDX, à Eckert, Colorado), et ses collègues ont analysé 150 études, aussi bien épidémiologiques et chez l’animal que des revues de la littérature, afin de dresser un état des connaissances sur divers polluants. Les plus étudiés sont la pollution de l’air, notamment les particules fines, mais aussi certains métaux lourds, comme le mercure et le plomb.

Une méta-analyse demandée d’urgence

Quant aux pesticides, le chlorpyriphos est celui qui a été le plus étudié, en particulier chez l’animal et lors de trois études épidémiologiques, qui suggèrent un lien avec l’autisme. Au vu des enjeux, dans l’UE comme aux Etats-Unis (où le produit est également en cours de renouvellement d’autorisation), les chercheurs appellent à mener une méta-analyse sur ces divers travaux, afin de s’assurer du lien.

Selon Genon Jensen, directrice de l’association Health and Environment Alliance (HEAL), «les conclusions de cette revue de la littérature sont d’une grande importance pour les Européens exposés quotidiennement aux résidus de chlorpyriphos, via leur alimentation ou leur eau. Malgré des preuves évidentes de sa toxicité sur le développement cérébral et le fonctionnement hormonal, l’UE envisage de le réautoriser au-delà de 2020, alors qu’il pourrait d’ores et déjà être interdit en vertu du principe de précaution».



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