Pesticides: l’exposition des travailleurs reste peu connue

Le 26 juillet 2016 par Romain Loury
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Une exposition méconnue
Une exposition méconnue
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Les données manquent quant à l’exposition des travailleurs agricoles aux pesticides, constate l’Anses[i] dans un volumineux rapport publié lundi 25 juillet. Et ce malgré les nombreux risques sanitaires avérés et suspectés de ces produits, auxquels plus d’un million d’agriculteurs sont régulièrement exposés en France.



[i] Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

 

En juin 2013, une expertise collective de l’Inserm[i] confirmait un excès de risque de nombreuses pathologies en cas d’exposition aux pesticides, notamment cancéreuses, neurologiques, reproductives ainsi que des troubles du développement.

Afin de compléter ce travail, l’Anses s’était autosaisie en 2011 sur l’exposition professionnelle aux pesticides. En France, elle concerne «plus d’un million de personnes avaient une activité régulière en agriculture, auxquelles doivent être ajoutées plusieurs centaines de milliers de travailleurs non permanents, ainsi que plusieurs dizaines de milliers de stagiaires». C’est cet abondant travail, constitué de 7 volumes, que l’agence a publié lundi 25 juillet.

Données lacunaires et dispersées

Principal constat, l’exposition des travailleurs agricoles aux pesticides demeure très peu connue. Les données «sont lacunaires et aucune organisation en France n’est en charge de les produire. Ces données, qui peuvent également être utilisées dans le cadre de l'homologation des produits, sont pour certaines produites par des organismes non indépendants (ayant un intérêt économique à la vente de pesticides, soit directement via la vente de produits soit indirectement via la commercialisation de produits d'aval)», explique l’agence.

De plus, l’accès à ces informations d’exposition «est en partie soumis à des exigences de confidentialité (confidentialité des données administratives, secret statistique…) ainsi qu'au secret industriel pour les données de l’homologation. Ces exigences de confidentialité sont parfois interprétées de façon excessive, empêchant de traiter correctement les enjeux de santé publique», ajoute l’Anses, qui déplore une absence de centralisation.

Outre le manque d’informations, l’agence observe de nombreuses lacunes dans la prévention, notamment dans la formation et le conseil: «une grande partie des missions de conseil relatives à la réduction d’utilisation des pesticides et à la prévention est confiée à des personnes appartenant à des entreprises dont les bénéfices commerciaux sont directement dépendants de l'usage de pesticides (…) Ce constat soulève la question des conflits d’intérêt dans lesquels s'inscrivent ces prestations».

La santé au travail délaissée par Ecophyto

Le plan Ecophyto, qui vise à réduire l’usage des pesticides, en prend aussi pour son grade. Selon l’agence, «la réduction de l'usage des pesticides en France est le plus souvent raisonnée dans une perspective environnementale ou pour réduire les résidus dans les produits finaux. La santé au travail des personnes travaillant dans l'agriculture est un élément très secondaire dans les débats qui accompagnent et régulent les choix techniques dans le secteur agricole en France».

Après une première version d’Ecophyto qui n’a pas abouti à une réduction de l’usage des pesticides (elle est au contraire en hausse, de 5% par an en moyenne entre 2009 et 2013), un deuxième plan publié en 2015 se fixe comme objectif une hausse de 25% de leur utilisation d’ici à 2020, et de 50% d’ici à 2025.

Une publication en milieu d’été

Fin juin, plusieurs associations s’étaient étonnées d’un nouveau report de publication de ce rapport: «sa diffusion était prévue en octobre, puis en janvier, et finalement le 1er juin pour être encore repoussée au 22 juin. Pour quelles raisons? Ces dernières ne nous ont pas été précisées mais il semble que la tension serait palpable à l’approche de la divulgation de ce rapport», indiquait ainsi Générations futures.

Finalement, le document aura été publié en milieu d’été, au risque d’amoindrir sa portée médiatique. «L’Anses nous avait habitués à mieux», regrette le porte-parole de Générations futures, François Veillerette, contacté mardi 26 juillet par le JDLE.

Si la publication a de nouveau été retardée, c’est à cause de la soumission tardive, en juin par deux experts du groupe de travail, d’une position minoritaire. Une situation inédite à l’Anses, qui a aussitôt saisi son comité de déontologie pour savoir comment traiter le problème –la position a finalement été incluse en annexe.

L’avis du comité de déontologie a été rendu lundi 25 juillet, et le rapport publié dans la foulée, indique l’Anses, qui indique au JDLE qu’il était impensable de reporter encore la publication. Une réunion associant les parties prenantes devrait avoir lieu à la rentrée.



[i] Institut national de la santé et de la recherche médicale

 



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