Pesticides: l’Anses prône une meilleure protection des pollinisateurs

Le 07 février 2019 par Romain Loury
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Une interdiction en période de floraison étendue à tous les pesticides
Une interdiction en période de floraison étendue à tous les pesticides
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L’Anses propose de durcir les conditions d’épandage des pesticides afin de mieux protéger les abeilles, dans un avis publié mardi 5 février. Un conseil entendu par le gouvernement, qui a aussitôt proposé la mise en place d’un groupe de travail. Sans garantie que certaines recommandations n’y soient pas enterrées.

En vertu de l’arrêté Abeilles du 28 novembre 2003, il est interdit d’épandre des insecticides et des acaricides sur les cultures visitées par les insectes pollinisateurs pendant la période de floraison et pendant celle de production d’exsudat. Sauf dérogation de l’Anses[i], lorsque l’application a lieu en dehors de la présence d’abeilles et avec des produits portant la mention ‘abeilles’.

Or l’application de cet arrêté laisse fortement à désirer, estime l’Union nationale de l’apiculture française (Unaf). «La dérogation est presque devenue la règle: près de la moitié des usages insecticides et acaricides autorisés en France dérogent à l’interdiction de traiter pendant les périodes attractives pour les abeilles», rappelle-t-elle.

Interdiction étendue à tous les pesticides

Saisie par les ministères de l’agriculture et de la transition écologique dans le cadre du plan Ecophyto, qui prévoit un renforcement du dispositif réglementaire de protection des abeilles, l’Anses a rendu son avis mardi 5 février. Elle y dévoile plusieurs mesures visant à limiter fortement l’exposition des abeilles aux pesticides, et pas seulement aux insecticides et aux acaricides.

L’Anses propose ainsi d’interdire l’épandage, pendant la floraison, de tout pesticide utilisé en pulvérisation pendant cette période, ainsi que de tout produit contenant des substances systémiques utilisé en pulvérisation et traitement de semence avant floraison, y compris les produits à base de micro-organismes.

L’objectif est de limiter la co-exposition des abeilles à de nombreux produits, dont un rapport de l’Anses de septembre 2015 avait montré l’effet délétère –en particulier celui des fongicides. Pour l’Unaf, c’est «une avancée importante dans la reconnaissance de l’actuelle insuffisance de la protection des abeilles vis-à-vis des pesticides. Comme le mentionne l’Anses, fongicides, herbicides et insecticides se retrouvent dans les matrices apicoles et peuvent être responsables d’effets chroniques, aujourd’hui totalement négligés».

Dérogation oui, mais après le coucher du soleil

L’agence préconise, en outre, dans les cas de dérogation permettant l’application en période de floraison, de n’appliquer les produits «qu’après l’heure de coucher du soleil (telle que définie par l’éphéméride) et dans les trois heures suivantes, dans des conditions permettant d’assurer la sécurité et la santé des opérateurs».

La recommandation avait déjà été émise par l’Anses en 2014, avant d’être reprise par le ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll. «Devant la levée de boucliers d’une partie de la profession agricole (FNSEA)[ii], le ministre avait reculé», rappelle l’Unaf. Au lieu de cela, la FNSEA avait proposé des fiches techniques dictant, par type de culture, des recommandations de traitement, la plupart du temps bien avant le coucher du soleil. Par exemple, traitement à partir de 14 heures pour le maïs doux et les semences, traitement à partir de 2 heures avant le coucher du soleil pour la vigne.

«Cette dernière recommandation de traitement avant le coucher du soleil n’est pas conforme aux recommandations de l’Anses (…), qui maintient de n’appliquer qu’après l’heure du coucher de soleil. En effet, compte tenu des informations disponibles sur la biologie des autres pollinisateurs, un traitement précédant l’heure du coucher ne garantit pas une protection des autres espèces de pollinisateurs qui peuvent butiner plus tard en soirée et sortir à des températures plus basses que l’abeille, c’est le cas par exemple du bourdon», indique l’agence.

Un groupe de travail agriculture-écologie

L’agence sera-t-elle entendue de la profession agricole cette fois-ci? La question devrait être tranchée au sein du groupe de travail dont les deux ministères à l’origine de la saisine ont annoncé, mercredi 6 février, la mise en place prochaine.«Il associera l’ensemble des parties prenantes, et visera à définir les mesures permettant de limiter les risques liés aux produits phytosanitaires pour les pollinisateurs, tout en prenant en compte les contraintes techniques pour les agriculteurs», indiquent-ils dans un communiqué commun.

Par ailleurs, l’Anses propose de conditionner les dérogations à l’interdiction d’application à la réalisation de nouveaux tests, «dès lors que les méthodes le permettant sont disponibles», à savoir «sur le développement du couvain, les effets chroniques d’une intoxication aiguë, et pour tout produit contenant un insecticide neurotoxique, sur le comportement des abeilles (test de retour à la ruche)», ainsi que pour les bourdons «sur la toxicité aiguë et par contact».

Blocage de lignes directrices à Bruxelles

La question des tests de toxicité des pesticides sur les pollinisateurs fait l’objet d’un blocage au niveau européen, rappelle l’association Pollinis, qui a saisi le médiateur européen fin 2018. En cause, une absence de consensus des Etats membres, au sein du Scopaff[iii] (groupe d’experts missionnés par les ministères de l’agriculture auprès de la Commission européenne) au sujet de lignes directrices pour les tests d’homologation, émises en 2013 par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa). Lors de la dernière réunion du Scopaff, fin janvier, un nouveau délai de deux ans a été demandé à la Commission.



[i] Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

[ii] Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles

[iii]Comité permanent des animaux, des végétaux, des denrées alimentaires et des aliments pour animaux

 



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