Pesticides: élus, scientifiques et associatifs lancent un cri d’alerte

Le 12 novembre 2013 par Marine Jobert
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Un traitement en cours.
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C’est un constat d’échec des politiques de réduction des expositions aux pesticides qui préside à la rédaction de l’appel de Montpellier. Ce texte, présenté sous forme de pétition publique et adressé aux «autorités publiques et politiques», a été rédigé par des opposants de longue date aux pollutions chimiques. Car ils constatent que tous les voyants sont au rouge. «Malgré une diminution nette des quantités vendues depuis 1998 [dans le cadre du plan Ecophyto 2018], nous constatons, à ce jour, que les ventes de pesticides ne diminuent pas depuis trois ans.»[1] Pendant que rien ne se passe de significatif dans les champs, les connaissances sur les pesticides s’accumulent. «La récente expertise collective de l’Inserm[2] vient de montrer (…) une forte présomption d’association (…) entre certaines substances et différentes pathologies, notamment des maladies neurodégénératives, certains cancers, comme des cancers du sang, que ce soit chez les adultes ou les enfants.» Le milieu naturel n’en peut plus, puisque «90% des cours d’eau du pays connaissent, selon le Commissariat général au développement durable, une ’présence généralisée‘ de pesticides», et les atteintes à la biodiversité sont de mieux en mieux établies, «notamment concernant les abeilles». Pour autant, déplorent les signataires, «l’effet-cocktail de ces substances est encore insuffisamment documenté».

 

Réduire, voire supprimer

Ces constats très inquiets les amènent à demander aux autorités politiques d’«agir pour la réduction, voire la suppression quand cela est possible de l’usage de pesticides». En attendant, il leur paraît urgent de «déclencher des campagnes d’information et de prévention auprès des publics vulnérables, des professionnels de la maternité et de la petite enfance», ainsi qu’en direction des agriculteurs et des riverains. Ils en appellent, sans les citer explicitement, aux «autorités de sécurité sanitaire et alimentaire» (à l’Anses, la DGAL ou encore l’Efsa[3]?) pour «passer à un niveau supérieur d’alerte et de prévention», et plaident pour une interdiction de la publicité assurant la promotion des pesticides vers le grand public.

 

Elus, associations, scientifiques

Parmi les signataires, on trouve Gérard Bapt, le député socialiste de Haute-Garonne (à l’origine de la loi interdisant le bisphénol A dans les contenants alimentaires), Jean-Paul Chanteguet (le président socialiste de la commission du développement durable de l’Assemblée), ou encore Jean-Louis Roumégas (député écologiste qui co-préside le groupe d’étude Santé environnementale à l’Assemblée). Parmi les scientifiques, on compte Charles Sultan (chef du service d'endocrinologie pédiatrique et du service d'hormonologie du CHU de Montpellier), fin connaisseur des perturbations du système hormonal chez les enfants. Les associatifs se recrutent parmi les structures dédiées à la santé humaine (Générations Futures, Réseau Environnement Santé (RES), WECF), mais aussi animale (avec l’Union national de l’apiculture française -Unaf); ou encore chez des professionnels (avec l’association Phytovictimes, sur la prise en compte des maladies des agriculteurs). Deux anciennes ministres de l’écologie, Chantal Jouanno et Delphine Batho, dont le passage aux responsabilités n’a pas infléchi significativement les tonnages et les règlementations concernant les pesticides, sont également signataires.


Attelage hétéroclite

L’appel ressemble quelque peu à un fourre-tout, citant pêle-mêle «des travaux de l’Inra[4] [qui] ont permis de faire avancer nos connaissances sur les mécanismes de la perturbation endocrinienne»- d’autres institutions, nationales et internationales, se distinguant bien davantage sur le sujet-  «l’épidémie de maladies chroniques dont l’assemblée générale de l’ONU du 19 septembre 2011 a indiqué qu’elle allait déborder nos systèmes de protection sociale» (une référence chère à André Cicolella, président du RES); ou se concentrant sur la santé des abeilles, quand quantité d’animaux sont contaminés gravement par les pesticides. Cet appel survient quelques jours après le dépôt d’une proposition de loi par le sénateur écologiste Joël Labbé, visant à interdire à l’horizon 2022 la vente et l’usage de pesticides aux particuliers et aux collectivités publiques.

 

Point de non-retour déjà atteint?

Autant d’inquiétudes que Gérard Bapt, initiateur de l’appel, avait longuement développées dans un entretien accordé en juin dernier au Journal de l’environnement. Il s’interrogeait alors sur la possibilité que l’humanité ait atteint un «point de non-retour» quant à l’exposition aux pesticides. «Il y a des pesticides dont la suppression immédiate n’empêcherait pas les effets de faible dose et sur le long terme. Ces pesticides très persistants, comme les organochlorés, sont accumulés dans les graisses d’animaux que nous consommons: nous continuons à y être exposés des années après leur retrait du marché. Est-ce qu’il n’est pas trop tard pour empêcher ces effets que l’on distingue mieux maintenant?»

 



[1] Pire encore: ce plan Ecophyto 2018, qui ambitionne la réduction de 50% de l’usage des pesticides en 10 ans, n’a pas fait baisser les volumes épandus chaque année. Bien au contraire, puisque l’indicateur Nodu –pour nombre de doses unités -qui a été retenu pour évaluer les fluctuations de pesticides dans le cadre du plan Ecophyto 2018 montre une augmentation de plus de 2% en 2011 par rapport à 2010.

[2] Inserm: Institut national de la santé et de la recherche médicale

[3] Anses: Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation de l’environnement et du travail; DGAL: Direction générale de l’alimentation: Efsa: autorité européenne de sécurité des aliments

[4] Inra: Institut national de la recherche agronomique

 



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