Pesticides domestiques: un lien établi avec les cancers pédiatriques

Le 05 octobre 2018 par Romain Loury
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Les pesticides de jardin interdits en 2019
Les pesticides de jardin interdits en 2019
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L’utilisation domestique de pesticides, en particulier d’insecticides, est bien liée à un risque accru de cancers chez l’enfant, dont les leucémies et les tumeurs cérébrales, révèlent des travaux présentés lors de rencontres scientifiques organisées mardi 2 octobre par l’Anses.

Alors que l’usage domestique de pesticides dans les jardins sera interdit à partir de 2019, nombre de ces produits toxiques demeurent autorisés, par exemple les insecticides. Existe-t-il un lien entre l’usage de ces produits et les cancers pédiatriques? C’est ce qu’a cherché à savoir une étude franco-belge, Metachild, lancée en 2014.

Meilleure puissance statistique

Son objectif était d’identifier les diverses études menées sur les cancers pédiatriques les plus courants, à savoir les tumeurs cérébrales et les leucémies, et d’en livrer une analyse groupée, appelée «méta-analyse». Ce qui permet d’accroître la puissance statistique, et d’obtenir ainsi des résultats plus parlants. Ses résultats ont été présentés mardi 2 octobre lors d’un colloque de l’Anses(1) consacré aux risques de cancer liés aux expositions professionnelles ou environnementales.

Contactée par le JDLE, la coordinatrice de l’étude, le Pr Geneviève Van Maele-Fabry, professeur de revues systématiques et de méta-analyses à l’université catholique de Louvain (Belgique), souligne l’une des principales limitations de ce type d’études: sa qualité est directement dépendante de celle des études épidémiologiques existantes dont les résultats seront combinés.

Dans le cas présent, seules des études de type cas-témoins étaient disponibles, études limitées par le souvenir que gardent ou non les personnes interrogées, en l’occurrence les parents des enfants, d’avoir utilisé de tels produits. Et si oui, lesquels.

Des liens confirmés

Malgré cet écueil important, les deux méta-analyses réalisées dans le cadre du projet Metachild mettent très clairement en évidence des associations statistiquement significatives entre l’usage domestique de pesticides et les tumeurs cérébrales (risque accru de 26%, 18 études incluses), ainsi qu’avec les leucémies (risque accru de 57%, 15 études incluses). Preuve de solidité, ces résultats étaient renforcés lorsque seules les études jugées de meilleure qualité scientifique étaient prises en compte.

Lors de précédents travaux, Geneviève Van Maele-Fabry avait aussi mis en évidence un risque accru de ces cancers pédiatriques chez des enfants d’agriculteurs recourant aux pesticides: pour les leucémies, il était multiplié par 2. Pour les tumeurs cérébrales, il était accru de 30%.

Pour les tumeurs cérébrales, plusieurs facteurs ressortent: usage intérieur (+23%), usage prénatal (+29%) comme postnatal (+26%), insecticides (+23%), traitements antipuces/anti-tiques (+46%), traitement des animaux de compagnie (+43%). Les résultats n’étaient pas statistiquement significatifs pour les herbicides et les fongicides, objets d’un trop faible nombre d’études.

Quant aux leucémies, la méta-analyse fait principalement ressortir une exposition en intérieur et en prénatal (mais pas en postnatal), ainsi que l’utilisation d’insecticides. A la différence des tumeurs cérébrales, une association statistiquement significative émergeait avec l’usage d’herbicides, mais uniquement pour un sous-type de leucémies, celles dites «lymphoblastiques aigües», avec un risque accru de 34%.

Un lien de causalité compliqué à établir

Comme pour tout étude épidémiologique, «il ne s’agit là que de résultats d’association. Nous ne pouvons pas conclure à un lien de causalité entre l’usage de ces produits et les cancers pédiatriques», tempère Geneviève Van Maele-Fabry. Franchir cette nouvelle étape demanderait «un suivi à long terme d’une très large population dont l’exposition est bien documentée», ajoute-t-elle.

Quels éléments manque-t-il pour s’assurer d’une éventuelle causalité? Plusieurs critères ont été proposés (appelés «critères de Hill»), parmi lesquels la mise en évidence d’une «relation dose-réponse», explique la chercheuse: le risque cancéreux s’élève avec la dose de pesticides utilisée, relation difficile à démontrer avec les études de type déclaratif disponibles.

Encore plus compliqué, démontrer un lien entre un produit particulier et une maladie: «nous sommes face à toute une série de classes d’agents, d’une part, et face à toute une série de pathologies dont ils peuvent être potentiellement responsables, d’autre part. Dire qu’un pesticide spécifique est responsable d’une pathologie est donc extrêmement compliqué, ce n’est pas comme le lien établi entre l’amiante et un type particulier de cancer du poumon. C’est une des raisons pour lesquelles avec les pesticides, on parle plutôt de présomption», rappelle Geneviève Van Maele-Fabry. «Mais ce n’est pas parce que le lien de causalité n’est pas strictement établi qu’on ne doit rien faire», conclut-elle.

(1) Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail



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