Pesticides domestiques: des Français trop peu informés

Le 07 octobre 2019 par Romain Loury
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Les pesticides chimiques de synthèse, interdits depuis janvier
Les pesticides chimiques de synthèse, interdits depuis janvier
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Les Français s’avèrent insuffisamment informés des conditions d’usage des pesticides dont ils disposent à domicile, révèlent les résultats de l’étude Pesti’home publiés lundi 7 octobre par l’Anses. Et un quart d’entre eux, probablement plus depuis la conduite de l’enquête en 2014, possèdent chez eux des produits qui ne sont plus autorisés.

Lancée en 2014[i], l’étude Pesti’home livre une vision panoramique des usages de pesticides à domicile en France. Entre autres substances, les produits phytopharmaceutiques (insecticides, herbicides, fongicides), les biocides (dont les anti-moustiques ou les produits contre les insectes rampants), les traitements antiparasitaires pour les animaux de compagnie (anti-puces, anti-tiques) ou pour l’homme (anti-poux), etc.

En tout, 1.507 foyers ont répondu à l’enquête de l’Anses[ii], répartis sur toute la France métropolitaine, sauf la Corse[iii]. Selon cette enquête, menée entre juillet et novembre 2014, 75,1% des ménages ont utilisé l’un de ces produits au cours des 12 derniers mois. Parmi les principaux produits, citons les traitements utilisés contre les parasites des animaux de compagnie (61% des détenteurs d’au moins un animal), ceux contre les insectes volants (40% des ménages) ou les insectes rampants (28%), ou encore les herbicides (22% des détenteurs d’un espace extérieur).

Des conditions d’usage plus ou moins respectées

Pour certaines classes de produits, les recommandations d’application sont souvent bien suivies, par exemple pour le traitement des poux (73%), pour les parasites d’animaux de compagnie (68%) et pour la protection des plantes d’extérieur (60%). Pour les insectes volants, elles ne sont en revanche suivies que par 43% des ménages.

Idem pour l’usage de gants, toujours utilisés par 44% des personnes lorsqu’il s’agit de traiter contre les rongeurs, mais jamais contre les insectes volants par 85% d’entre eux. Et si, pour ces derniers produits, il est conseillé de sortir de la pièce après application et de n’y revenir 15 à 30 minutes plus tard, 50,2% n’en font rien.

«Il y a une forme de banalisation de certains de ces produits, notamment parce qu’ils sont vendus en grande surface. On oublie qu’ils nécessitent des précautions d’emploi, et de plus ils sont souvent utilisés en urgence. Par ailleurs, le débat s’est focalisé sur les pesticides en milieu agricole», rappelle Jean-Luc Volatier, adjoint au directeur de l’évaluation des risques de l’Anses, contacté par le JDLE.

Destination poubelle pour 60% des ménages

Lorsqu’elles se débarrassent d’un de ces produits chimiques, 60% des personnes les mettent  à la poubelle ou les vident dans le lavabo, tandis que seuls 31% les amènent à la déchetterie, comme il le faudrait. Pour les emballages vides, ces proportions s’élèvent même à 66% et 26%, respectivement.

L’Anses recommande ainsi «aux pouvoirs publics et aux collectivités locales de sensibiliser la population à l’élimination des produits pesticides et de leurs emballages usagés par des campagnes de communication».

Près d’un produit sur 3 était interdit en 2014

Autre enseignement, 27,6% des ménages possédaient à domicile au moins un produit interdit au moment de l’enquête, en 2014. Et 30,5% de l’ensemble des produits stockés étaient déjà interdits sur le marché à l’époque.

Avec l’interdiction de nombreux produits depuis 2014, la situation pourrait s’être aggravée: 29% des produits autorisés en 2014 ne l’étaient plus en 2018, dont 24% pour les biocides et 48% pour les produits phytopharmaceutiques. Pour ces derniers, le chiffre a encore augmenté depuis la loi Labbé, qui interdit depuis le 1er janvier l’achat, l’usage et la détention de pesticides chimiques de synthèse par les particuliers.

Pour le consommateur, il est difficile de savoir si un produit est encore autorisé ou pas, faute de dispositif d’information grand public. Face à cette fréquente méconnaissance, l’Anses recommande «que des dispositifs permettant une large information du public soient mis en place dans les meilleurs délais», afin d’inciter la population à ramener ces produits dans les filières de retraitement des produits chimiques.

Au-delà des habitudes d’usage domestique des pesticides en France, cette étude devrait permettre d’affiner les études épidémiologiques. Plusieurs études ont suggéré un lien entre l’usage de ces produits et certaines maladies, dont deux méta-analyses menées dans le cadre du projet Metachild (l’une sur les tumeurs cérébrales, l’autre sur les leucémies), mais «on ne dispose pas de données sur les substances précises», explique Jean-Luc Volatier.



[i] Lors du lancement de Pesti’home en 2014, l’Anses prévoyait une publication des résultats dès l’année suivante, en 2015. Commet expliquer ce retard de 4 ans? Pesti’home est "l'étude la plus difficile" que l’Anses ait eu à mener, explique Jean-Luc Volatier. Outre les plus de 5.400 produits recensés, «il a fallu les classifier, analyser les données, les interpréter, émettre des recommandations, et cela a nécessité beaucoup d’actions de coordination», ajoute-t-il.

[ii] Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

[iii] Après ces résultats pour la France métropolitaine, l’Anses prévoit d’en publier d’autres, en 2020, sur l’utilisation domestique de pesticides en outre-mer.

 



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