Peste porcine africaine: à la conquête de l’ouest?

Le 19 mars 2014 par Romain Loury
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La peste porcine africaine a été observée sur des sangliers
La peste porcine africaine a été observée sur des sangliers

En janvier, la peste porcine africaine a fait son entrée à l’est de l’Union européenne, avec deux cas observés chez des sangliers en Lituanie, suivis par deux autres en Pologne en février, tous près de la frontière biélorusse. Son extension à l’ensemble de l’UE est-elle inéluctable?

A priori, pas de risque sanitaire pour l’homme: celui-ci ne constitue pas une cible du virus ASFV, originaire d’Afrique subsaharienne. A l’exception du phacochère africain, pour qui le virus est inoffensif, les suidés ont en revanche quelques soucis à se faire: chez nos porcs domestiques, la maladie, dans sa forme aigüe, peut être mortelle dans 100% des cas.

En Europe de l’est, la peste porcine africaine a fait son entrée en Géorgie en 2007, avant de toucher la Russie (2008), l’Ukraine (2012) et la Biélorussie (2013). A force de se rapprocher de l’UE, le virus vient d’y pénétrer pour de bon, avec 4 cas récemment découverts chez des sangliers morts, tous à proximité de la frontière biélorusse. De quoi laisser entrevoir une marche vers l’ouest, via les sangliers, au risque de s’étendre au porc.

Interrogé par le Journal de l’environnement, le directeur de la santé animale à l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses), Gilles Salvat, estime que le risque d’extension à l’ouest de l’Europe est «loin d’être négligeable», même si les sangliers ne se déplacent que peu. L’agence prépare d’ailleurs, pour les semaines à venir, un avis sur le risque d’introduction de la peste porcine africaine sur le territoire français.

Selon Gilles Salvat, la lutte repose sur une surveillance de la maladie, éventuellement sur un abattage du troupeau infecté «suffisamment tôt»: en cas de réponse rapide, «la maladie peut très vite être éradiquée». Tel a d’ailleurs été le cas lors de foyers isolés survenus en Belgique en 1985, puis aux Pays-Bas en 1986, selon l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE). La peste porcine africaine est également endémique en Sardaigne, mais a pu y être circonscrite, du fait de la nature insulaire de la région et de contrôles sanitaires.

 

Un sanglier difficilement contrôlable

Si l’on en croit le rapport publié lundi par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa), il sera toutefois difficile d’enrayer le virus à ce stade, en raison des difficultés à contrôler les populations de sangliers.  Les diverses stratégies explorées par le document, telles que la chasse, les pièges et le confinement, semblent d’emblée vouées à l’échec, voire contreproductives.

La chasse intensive y est envisagée dans les zones encore épargnées par l’ASFV, afin de lui couper l’herbe sous le pied. Peu réaliste, estiment les experts: «étant donné le taux de reproduction élevé, on estime que, à moins de 65% d’animaux prélevés dans une population de sangliers européens, les effectifs continueront à augmenter». Un seuil qui s’annonce illusoire d’atteindre par la chasse -sans compter que l’on ignore à quelle densité de sangliers le virus serait stoppé.

«De plus, si des tentatives de dépeuplement devaient être entreprises, elles pourraient au contraire accroître la transmission, et ainsi faciliter l’extension géographique du virus: il est désormais établi qu’une pression de chasse sur une population de sangliers entraine une dispersion des groupes et des individus», expliquent les auteurs.

Autre possibilité, celle de sédentariser les sangliers d’une zone touchée en les y nourrissant, stratégie déjà employée afin d’empêcher ces animaux d’aller saccager les cultures agricoles. Son efficacité n’est que partielle: une étude a ainsi montré que seuls 62% des sangliers fréquentent ces mangeoires, les autres se sentant libres d’aller et venir. Par ailleurs, le risque serait d’attirer des sangliers indemnes, et donc d’étendre la maladie. Quant à la possibilité d’ériger des clôtures, elle pose des problèmes de faisabilité et de coût.

 

Premières mesures de la Commission

Plutôt que d’essayer (en vain?) de contrer le sanglier, la Commission européenne a annoncé mercredi qu’elle verserait 3,5 millions d’euros aux 3 pays baltes et à la Pologne, afin de financer la surveillance, la biosécurité et l’éventuel dédommagement des éleveurs touchés.

Elle définit par ailleurs 3 zones, avec des mesures graduées: 1) la Sardaigne (maladie endémique chez le porc et le sanglier), 2) les zone touchées en Lituanie et en Pologne (où elle n’est observée que chez le sanglier), avec des restrictions aussi bien sur la viande que sur les porcs vivants, 3) des zones tampons à proximité de ces dernières, avec des restrictions seulement sur les porcs vivants.

Outre la catastrophe de santé animale que constituerait la peste porcine africaine, elle pourrait occasionner d’importants dégâts économiques à la filière porcine. Sans même attendre qu’un seul porc européen soit tombé malade, les répercussions économiques ne se sont d’ailleurs pas fait attendre: début février, la Russie, la Biélorussie et le Kazakhstan ont fermé leurs portes au porc européen.

Pour les éleveurs français, «les conséquences de cette situation se traduisent par un manque de plus de 20 centimes par kilo sur les cours actuels du porc, soit plus de 10 millions d’euros par semaine pour les éleveurs et les entreprises d’abattage et de découpe», estimait mercredi dernier le syndicat de la filière porcine française, Inaporc, dans un communiqué.

Quant aux éventuels risques directement encourus par les élevages français, Inaporc affirme au Journal de l’environnement «ne pas avoir d’inquiétude particulière pour l’instant», tout en estimant que «les éleveurs doivent être sensibilisés» à la situation.



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