Perturbateurs endocriniens: une obésité transgénérationnelle?

Le 23 janvier 2013 par Romain Loury
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Gare au TBT.
Gare au TBT.

Le tributylétain (TBT) entraîne l’obésité de souris de laboratoire jusqu’à la troisième génération, résultat qui conforte l’hypothèse d’un effet transgénérationnel des perturbateurs endocriniens, selon une étude américaine publiée dans la revue Environmental Health Perspectives (EHP).

Longtemps utilisés dans les peintures pour coques de bateaux, le TBT et ses dérivés y ont été interdits dans l’Union européenne en 2003. Pionnière sur le sujet, la France a réglementé son usage dès 1981, après que l’agent chimique a été lié à une forte baisse de production des fruits de mer dans le bassin d’Arcachon.

Reste que cet agent, qui persiste dans l’environnement, pourrait continuer à être utilisé dans certains secteurs: anti-moisissures dans l’industrie du papier et du textile, désinfectant dans les tours de réfrigération et les centrales électriques, répulsif pour rongeurs, antiparasitaire dans la brasserie et la maçonnerie, cite l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris) dans un rapport de 2004.

Or comme d’autres perturbateurs endocriniens, les effets néfastes du TBT pourraient perdurer sur plusieurs générations. Selon l’étude publiée par l’équipe de Bruce Blumberg, de l’University of California à Irvine, les troubles métaboliques induits par le TBT sur des souris exposées in utero (génération F1) persistent dans les deux générations suivantes, les F2 et F3.

Quelle que soit leur génération, les souris présentaient une augmentation des dépôts de graisse, une différenciation plus marquée des cellules souches en cellules graisseuses (les adipocytes) et un stockage accru de lipides au niveau du foie. Un effet dit «transgénérationnel», qui va au-delà des générations F1 et F2, probablement en raison de modifications épigénétiques de l’ADN.

Les générations F1 et F2 ont pourtant été les seules à être exposées directement au TBT: les souris F1 lors de leur stade in utero, les souris F2 sous forme de spermatozoïdes et d’ovules -déjà présents chez les fœtus F1. Contrairement aux effets dits «multigénérationnels», qui ne touchent que les générations F1 et F2, les «transgénérationnels» affectent aussi la génération F3 -et peut-être au-delà-, à savoir des individus qui n’ont jamais été exposés à l’agent.

«Les effets d’une exposition prénatale à un agent obésogène peuvent être permanents, entraînant des changements au niveau d’une population sur une période relativement courte», commentent les chercheurs. Phénomène inquiétant, qui selon eux serait en partie à l’origine de l’épidémie d’obésité qui frappe les pays développés.

Parmi les autres agents chimiques suspectés d’avoir un effet transgénérationnel, le bisphénol A s’est avéré, toujours chez la souris, perturber le comportement sur plusieurs générations (voir le JDLE). D’autres travaux ont suggéré un tel effet pour plusieurs pesticides, soupçonnés d’altérer la fertilité masculine et de favoriser plusieurs cancers.



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