Perturbateurs endocriniens: une mission parlementaire demande un plan d’urgence

Le 04 décembre 2019 par Stéphanie Senet
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La députée Claire Pitollat lors de la présentation du rapport, ce 4 décembre à l'Assemblée
La députée Claire Pitollat lors de la présentation du rapport, ce 4 décembre à l'Assemblée

L’exposition aux perturbateurs endocriniens présents dans les contenants en plastique présente un «enjeu majeur de santé publique», selon un rapport parlementaire présenté ce 4 décembre à l’Assemblée. Leurs auteurs demandent des mesures concrètes, dont des interdictions d’usages.

«L’exposition généralisée de la population aux perturbateurs endocriniens (PE) présents dans les contenants en plastique –alimentaires, cosmétiques et pharmaceutiques- s’avère très préoccupante», affirme le rapport des députées LREM Claire Pitollat (Bouches-du-Rhône) et Laurianne Rossi (Hauts-de-Seine), quatre ans après l’interdiction en France du bisphénol A (BPA) dans ces produits. Un rapport important alors que plusieurs substituts au BPA, dont le bisphénol S, seraient des perturbateurs endocriniens aussi puissants. «La substitution mise en œuvre pour le BPA est qualifiée de regrettable par les scientifiques», a glissé la rapporteuse Laurianne Rossi, lors de la présentation du rapport à l’Assemblée.

 

«Urgence à agir»

Après dix mois d’auditions, la mission d’information parlementaire conclut à l’urgence à agir au niveau politique, au nom du principe de précaution. «La classe politique doit se saisir de ce sujet, qui présente un enjeu majeur de santé publique. Le potentiel d’exposition de la population est énorme et les perturbateurs endocriniens peuvent générer des effets irréversibles sur la santé humaine pendant la vie fœtale, l’enfance et l’adolescence, même à faible dose», rappelle Claire Pitollat.

 

50 recommandations

Ces parlementaires, qui notent que «la 2ème stratégie nationale sur les PE présente une avancée», demandent que celle-ci soit «traduite en actes», avec des mesures concrètes pour réduire l’exposition des personnes à risques (femmes enceintes et allaitantes, bébés et enfants en bas âge), harmoniser et compléter la réglementation européenne, et accentuer les efforts de recherche sur les effets des PE sur la santé. Ils avancent pour cela 50 recommandations.

 

Interdiction déjà programmée

Pour limiter l’exposition, ils suggèrent d’interdire tous les contenants en plastique de cuisson, chauffe, réchauffe et service, destinés aux bébés et aux enfants en bas âge. Une mesure déjà prise dans le cadre de la loi sur l’alimentation (art 28), mais qui ne sera applicable dans les cantines scolaires, universitaires et les crèches qu’à partir du 1er janvier 2025. Une nouveauté en  revanche: les rapporteuses veulent interdire toute distribution d’objets en plastique dans les maternités, et notamment les échantillons de produits pour bébés distribués aux mamans.

 

Perturbateur endocrinien «suspecté»

Alors que l’Union européenne traite séparément les PE présents dans les pesticides et dans les contenants en plastique, la mission parlementaire demande une harmonisation des mesures, ainsi qu’une prise en compte accrue du principe de précaution via l’instauration d’une troisième catégorie de PE: les PE «présumés», aux côtés des PE «avérés» et «suspectés». Objectif: compléter les mesures de prévention. 

 

Accentuer les efforts de recherche

Côté recherche, Claire Pitollat demande d’accentuer les efforts sur les effets de nouvelles molécules ainsi que sur le vieillissement des plastiques et sur les nanoplastiques. «La recherche actuelle se focalise toujours sur les mêmes molécules et les mêmes effets sur la santé», affirme la députée des Bouches-du-Rhône. Autres terrains d’investigation: les effets cocktails des PE, dans différents milieux naturels, le devenir des additifs lors des activités de recyclage (en particulier pour le polytéréphtalate d’éthylène ou PET, très utilisé) et l’identification de substituts «non regrettables». «La substitution des PE doit faire l’objet d’une feuille de route précise à l’attention des collectivités locales», insiste la députée des Hauts-de-Seine Laurianne Rossi. Strasbourg, par exemple, a ouvert la voie avec désormais 50% de contenants en inox dans les cantines scolaires.

Selon une étude publiée en 2016, les conséquences sanitaires de l’exposition aux PE coûtent 163 milliards d’euros par an, rien qu’au niveau de l’Union européenne.

 

 

 

 



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