Perturbateurs endocriniens: une facture de 31 milliards d’euros

Le 18 juin 2014 par Romain Loury
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La facture va s'alourdir
La facture va s'alourdir

En Europe, le coût sanitaire des perturbateurs endocriniens pourrait s’élever à 31 milliards d’euros par an, estime le réseau européen HEAL dans un rapport publié mercredi 18 juin. Une estimation imprécise, mais probablement très en-deçà de la réalité. Et qui devrait s’accroître.

Louable tentative que celle du réseau HEAL (Health & Environment Alliance), tant un chiffrage précis paraît compliqué: il faudrait pour cela prendre en compte l’ensemble des maladies liées au processus hormonal, et savoir dans quelle mesure elles sont liées aux perturbateurs endocriniens. Et même là, rien ne permet d’établir un lien entre une exposition présente et la maladie qu’elle n’entraînera qu’après quelques décennies.

HEAL s’est concentrée sur les troubles les mieux établis: problèmes reproductifs et d’infertilité, malformations génitales chez les garçons, cancers hormonodépendants (sein, prostate, testicule), troubles du comportement infantile (autisme, hyperactivité), obésité et diabète. Soit un coût total d’environ 637 milliards d’euros, selon deux économistes britanniques sollicités par HEAL.

Son hypothèse: 2% à 5% de ces maladies pourraient être liées aux perturbateurs endocriniens, les autres causes relevant de prédispositions génétiques ou du mode de vie (tabac, alimentation, inactivité physique, etc.). Ce qui équivaut à un chiffre compris entre 13 et 31 milliards d’euros par an, probablement sous-estimé.

Outre le délai entre l’exposition et certaines de ces maladies (cancer, diabète), d’autres, telles les malformations génitales masculines, entraîneront des troubles ultérieurs, comme l’infertilité. Sans compter d’autres coûts à plus long terme, du fait de l’effet transgénérationnel des perturbateurs endocriniens, selon lequel l’exposition d’une génération entraîne des conséquences sanitaires pour les suivantes.

Plus de 4 milliards d’euros pour la France

Rien qu’en France, le coût des maladies hormonodépendantes s’élèverait à 82 milliards d’euros par an, toutes causes confondues, dont 4,13 milliards d’euros pour celles liées aux perturbateurs endocriniens, en adoptant une part de 5%, relève le Réseau environnement santé (RES).

Pour autant, il y a peu de chances que le sujet soit bien compris des autorités sanitaires. Et encore moins qu’il soit intégré dans la future loi de santé publique, dont les grandes lignes doivent être annoncées jeudi 19 juin par la ministre de la santé, Marisol Touraine.

«Alors que la loi de santé publique sera très prochainement discutée, 4 milliards d’euros  d’économies liées à une simple réduction des expositions aux perturbateurs endocriniens identifiés seraient une économie substantielle et bienvenue dans cette période de contractions budgétaires. Inscrire cette action dans la grande loi de santé nationale serait par ailleurs cohérent avec la Stratégie nationale perturbateurs endocriniens adoptée récemment par la France», estiment WECF France, RES et Générations Futures dans un communiqué commun.

Selon RES, «la croissance des maladies chroniques ne peut s’expliquer par les seuls facteurs classiques du vieillissement, du dépistage et du mode de vie: notre environnement est en cause. Mais la réalité de cette crise sanitaire est encore largement niée».

La France serait particulièrement victime des perturbateurs endocriniens: son taux de cancers hormonodépendants, sein et prostate confondus, serait le plus élevé au monde, devant la Norvège et la Belgique, selon des données du Centre international de recherche sur le cancer (Circ).

Un retard européen qui irrite

Du côté de l’UE, plusieurs Etats membres commencent à piaffer d’impatience devant le retard pris par la Commission européenne quant à son paquet législatif sur les perturbateurs endocriniens, qui doit notamment inclure des critères de définition de ces substances dans le cadre des règlements biocides et pesticides –des critères qui auraient dû être publiés avant le 14 décembre 2013.

Alors que la Suède a décidé d’attaquer la Commission devant la Cour de justice de l’UE pour son retard, la France, épaulée par cinq autres pays [1], est parvenue à faire inscrire le sujet à l’ordre du jour du dernier Conseil environnement de l’UE, le 12 juin. Ce qui a poussé la Commission à publier enfin, mardi 17, une feuille de route concernant les critères de définition.

[1] Suède, Danemark, Belgique, Autriche, Pologne.



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