Perturbateurs endocriniens: un appel à l’action en Afrique

Le 30 août 2017 par Marine Jobert
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Les perturbateurs endocriniens sans frontière.
Les perturbateurs endocriniens sans frontière.
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L’Afrique n’échappe pas à la contamination par les perturbateurs endocriniens (PE), corollaires du développement. La santé humaine et les équilibres de la faune sauvage sont mis en péril, d’autant plus dans un contexte de pauvreté et de malnutrition. Il est urgent d’appliquer le principe de précaution et de documenter davantage cette contamination généralisée, plaident des scientifiques de renom.

Si les PE ne connaissent pas les frontières, les scientifiques se sont souvent arrêtés à celles du monde ‘industrialisé’. Pourtant, la ‘vie moderne’ -et les maux des pays du Nord- ont atteint les continents les moins favorisés. Et si la plupart des études sur le fardeau sanitaire, économique et social des PE ont été réalisées pour les Etats-Unis et l’Europe, d’autres continents souffrent, parfois plus encore, de la contamination depuis un siècle par l’industrie chimique. Et l’Afrique paye un lourd tribut en la matière, alertent 15 scientifiques de renommée internationale[1], dans un appel à agir dont les lignes-forces ont germé lors de la première conférence africaine sur les effets sanitaires des PE, qui s’est tenue en novembre 2015 en Afrique du Sud.

Industries fort polluantes

Car le diabète de type 2 y augmente plus que n’importe où ailleurs, les cas de cancers se multiplient, la prévalence de l’obésité ne fait qu’augmenter. Quelle est la part de ces maladies non transmissibles attribuable aux PE? «Les coûts [qui leur sont imputables] sont probablement plus élevés dans les parties du monde où les règlementations sont moins contraignantes», estiment les chercheurs. Pourtant, on y utilise les mêmes détergents, les mêmes produits de beauté et les mêmes ordinateurs, énumère le texte; autant d’usages –sans compter l’étape de leur fabrication- qui sont l’occasion de disperser des PE dans l’environnement. «Les pays en voie de développement semblent attirer le développement des secteurs économiques parmi les plus polluants, au détriment de la santé de l’environnement et humaine.»

Les crocodiles du Nil pollués

Pollution de l’air, contamination au plomb, usage croissant des pesticides, contamination de l’eau par des micropolluants (notamment médicamenteux), produits chimiques interdits en Europe exportés vers l’Afrique… Les sources d’exposition aux PE sont nombreuses pour les humains, qui s’ajoutent aux fardeaux de la malnutrition et de la pauvreté. Mais la faune sauvage paye également un lourd tribut, comme l’a montré la présence dès les années 1960 de DDT, de polluants organiques persistants (POP), ou de retardateurs de flamme. Des changements de sexe chez des poissons sauvages, des amincissements de coquille chez les crocodiles du Nil, des problèmes de reproduction chez des grenouilles… les signaux sont les mêmes que ceux observés dans les années 1990 par Théo Colborn pour la faune sauvage des Grands lacs américains contaminés.

L’Afrique s’éveille aux PE

Le continent africain n’est pas resté inerte depuis 15 ans. En 2011, l’Afrique du Sud bannissait les biberons contenant du bisphénol A et la majorité des Etats de la région ont désigné les PE comme un problème émergent. Mais la tâche est lourde et «l’Afrique ne sera pas capable de dépasser le triple fardeau de la dégradation environnementale, de la pauvreté et de la malnutrition ou celui de l’exposition aux PE en soi, sans des stratégies à long terme, coordonnées entre les secteurs industriel, environnemental et sanitaire».

Appliquer le principe de précaution

Pour cela, plaident les scientifiques, il est indispensable d’améliorer la formation de ceux qui manipulent -dans le champ professionnel ou à la maison- des produits chimiques, d’adopter le principe de précaution, de mener des études de bio-monitoring sur la population, de financer des études épidémiologiques (notamment sur des cohortes de nouveau-nés), et d’approfondir les effets des PE sur la faune sauvage.

 

 



[1] Comme Andreas Kortenkamp  de la Brunel University de Londres, auteur d’un rapport en 2012 commandé par la DG Environnement de la Commission européenne, ou Bernard Jégou, co-découvreur français des PE et chercheur à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale(INSERM).

 



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