Perturbateurs endocriniens: Ségolène Royal en dernier rempart

Le 15 mai 2017 par Marine Jobert
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Le foetus, en 1ère ligne.
Le foetus, en 1ère ligne.
DR

Alors que la connaissance sur l’omniprésence et les dégâts de ces substances essentiellement produites par l’industrie chimique a grandi ces 5 dernières années, la réponse politique a tardé. Rempart contre une définition européenne a minima: Ségolène Royal, en première ligne contre les lobbies et une Commission complaisante.

C’est indéniablement la science qui aura été la majeure de ce quinquennat en matière de perturbateurs endocriniens. Car en 5 ans, l’imprégnation à ces substances chimiques et leurs effets sur le système hormonal n’ont cessé d’être mieux documentés, rendant de plus en plus pressante pour l’opinion publique la demande d’une réponse politique à ce grave problème de santé publique. Femmes enceintes au placenta farci de polluants selon une étude de Santé Publique France. Effets des pesticides PE sur le sperme. Parabènes et triclosan délétères pour le développement des petits garçons. Phtalates ravageurs pour le cerveau des enfants.

La délicate question de la substitution des substances dangereuses aura été un échec, en dépit des travaux menés par l’Ineris[3], qui proposait en janvier 2017 un timide label ‘sans phénol’ pour les papiers thermiques. A l’heure actuelle, les bisphénols de substitution sont suspectés d’avoir un effet qui peut être égal, voire un peu plus élevé que celui du BPA. Or ils sont largement utilisés, comme le bisphénol S, retrouvés dans les cheveux de 98% des enfants testés par le magazine 60 millions de consommateurs en avril dernier. Un dossier qui achoppe sur la publication des critères de définition des perturbateurs endocriniens.

SNPE et PNRPE

La liste est longue de ces résultats inquiétants, dont une partie a pu être obtenue grâce aux fonds dédiés au programme national de recherche sur les perturbateurs endocriniens (PNRPE)[1], créé en 2005. Deux appels à projets de recherche ont été lancés pendant le quinquennat (en 2013 et 2016), pendant qu’en avril 2014, la France publiait sa stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens (SNPE), promise dès la première conférence environnementale. La communauté scientifique a, sur ce sujet, indéniablement bénéficié du soutien de Ségolène Royal, présente lors du deuxième colloque sur les perturbateurs endocriniens et leurs effets sur les écosystèmes et la santé humaine à l’Institut Pasteur, organisé par l’Anses[2]. A cette occasion, la ministre de l’environnement avait encouragé les chercheurs à tenir face aux lobbies industriels.

Les scientifiques s’impliquent

Car c’est à une bataille au couteau que se livrent les entreprises concernées par la publication des critères de définition des PE, –laquelle aurait dû intervenir fin décembre 2013 mais l’industrie l’a patiemment sabotée, comme l’a dénoncé un rapport parlementaire. A tel point qu’à plusieurs reprises, des scientifiques ont pris la parole pour exhorter la Commission à faire preuve de courage, de la déclaration de Berlaymont en 2013 jusqu’à celle publiée dans Le Monde en 2017, dénonçant les tentatives en cours de manipulation de la science.

Trois Etats s’opposent

Au plan européen, le rôle de la France a été déterminant. Alors que les directions Santé des consommateurs et Santé de la Commission se déchiraient, c’est bien Ségolène Royal qui, en juin 2014, exige -et obtient- la publication de la feuille de route. Depuis, rien n’a vraiment bougé en apparence puisque, malgré 5 votes, les critères n’ont pas été adoptés, faute de majorité qualifiée. La bataille est âpre dans les couloirs de Berlaymont: la France, la Suède et le Danemark réclament une catégorisation des perturbateurs endocriniens, sur le modèle ‘avérés’, ‘présumés’ et ‘suspectés’. Mais Ségolène Royal ne sera plus aux affaires pour voir l’épilogue de cette complexe affaire. Celle qui aura grandement contribué à repousser les assauts de l’industrie n’assistera pas au 6e tour de table, organisé ces 17 et 18 mai, avec une proposition qui a peu évolué sur la table.

 



[1] Depuis le début du PNRPE, 39 projets de recherche ont été financés: 7 en 2005, 15 en 2008, 9 en 2010 et 8 en 2013, pour un montant de 5 M€, selon le site du PNRPE.

[2] Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et de la santé

[3] Institut national de l'environnement industriel et des risques

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus