Perturbateurs endocriniens: "Le problème est loin d'être réglé"

Le 26 mai 2010 par Geneviève De Lacour
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De plus en plus suspectés d'affecter la fertilité et de provoquer des cancers des testicules, les perturbateurs endocriniens faisaient l'objet d’un débat le 25 mai à l'Académie de médecine. L'occasion pour des spécialistes français et étrangers de présenter leurs études et de débattre sur la potentielle interdiction du bisphénol A et des phtalates dans les biberons.

Parmi les dizaines de milliers de produits chimiques présents dans l'environnement et les quelques 2.000 nouvelles molécules qui apparaissent chaque année sur le marché, plusieurs centaines de molécules sont suspectées de perturber le système endocrinien humain. Certains pesticides, des métaux lourds, des polluants organiques persistants (POP) comme les polychlorobiphényles (PCB)et les dioxines, des médicaments et contraceptifs, mais aussi les phtalates et le bisphénol A (BPA) utilisés dans la fabrication de plastique, ou encore les phytoestrogènes naturels peuvent affecter la synthèse, le transport et le mécanisme d'action des hormones.

« Selon une étude du CDC (Centre for Disease Control), 92% de la population américaine serait contaminée par les BPA » explique Ana Soto, de la Tuft University à Boston. « Et les enfants et les jeunes adolescentes sont les plus exposés ». Depuis 15 ans, ce perturbateur endocrinien a fait l'objet de nombreuses études. La molécule qui entre dans la composition des plastiques est suspectée de provoquer la puberté précoce des jeunes filles, une baisse de la fécondité et de la fertilité, des problèmes d'obésité et une augmentation des cas de diabète. Selon Ana Soto, le lien entre exposition directe au BPA et impacts sur la fertilité/fécondité est maintenant avéré, même dans le cas où les individus sont exposés à de faibles quantités de BPA.

Interrogée par les membres de l'Académie sur le risque posé par l’utilisation de biberons en plastique pouvant contenir du BPA et des phtalates, Ana Soto a répondu : « Le lait est autant contaminé que les bouteilles de lait. Il faut, avant tout, éviter l'exposition des mères à ces produits chimiques. »

Autre type de perturbateur endocrinien étudié depuis quelques années, les phytoestrogènes sont les œstrogènes naturellement développés par les plantes. Leurs effets sur les moutons – qui consomment les isoflavones synthétisés par le trèfle rouge - est connu depuis les années 1940 en Australie. Le soja qui contient également des isoflavones est maintenant suspecté d'avoir des effets sur le métabolisme du glucose et des lipides chez les humains. Selon Serge Nef, professeur à l'université de Genève, la consommation de soja chez l'enfant peut provoquer une altération du métabolisme énergétique : « L'exposition fœtale au lait de soja ne semble pas avoir d'impact, par contre l'exposition post-natale influence la tolérance au glucose. »

Et le professeur de trouver cette question légitime : « Est-ce que les enfants allaités au lait de soja peuvent développer des pathologies en grandissant ? » Là où la consommation de lait de soja ne pose pas de problème pour les adultes, quid des enfants ? 

Autre intervenant, Bernard Jegou de l'Inserm, professeur à l'université de Rennes, a étudié les androgènes et les antiandrogènes de l'environnement comme le tributyl étain, contenu dans les peintures antifouling des bateaux dont l'action androgène rend stérile les jeunes femelles gastéropodes et les oriente vers le sexe mâle. Effet inverse : de nombreux produits phytosanitaires tels que fongicides, herbicides et insecticides, retardateurs de flamme, et plastifiants tels que les phtalates, inhibent la synthèse de testostérone. « En rajoutant les produits pharmaceutiques, la liste des molécules aux effets antiandrogéniques s'allonge » déclare Bernard Jegou.

Dans le monde, 2 millions de tonnes de phtalates sont rejetées chaque année. Les préoccupations vont donc croissantes quant à leurs effets négatifs sur la testostérone. Mais si le nombre d'articles relatif à des études sur le rat augmente, peu de données sont actuellement disponibles pour l'homme. Et même si des études américaines montrent une « corrélation entre la concentration de phtalates dans le lait maternel et le taux d'anomalie des profils endocriniens, leur impact réel sur l'homme doit être vérifié » selon Bernard Jegou.

Une approche que l'Académie de médecine semble partager pour le moment, puisqu'en guise de conclusion, le professeur Jean-Luc de Gennes a déclaré : « le problème des perturbateurs endocriniens est loin d'être réglé.  Il faudra vérifier l'impact des nouvelles molécules qui apparaissent sur le marché. »



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