Perturbateurs endocriniens: le «cas par cas» de l’Efsa

Le 20 mars 2013 par Romain Loury
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Quantité de glandes du corps humain sont concernées par l'action des substances dont la définition est en cours au plan européen.
Quantité de glandes du corps humain sont concernées par l'action des substances dont la définition est en cours au plan européen.
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L’autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) propose, dans un avis publié ce mercredi 20 mars, d’évaluer «au cas par cas» la possibilité qu’une molécule constitue un perturbateur endocrinien, estimant que certaines substances peuvent très bien avoir un effet hormonal sans être délétère.

 

Réalisé à la demande de la Commission européenne, cet avis de l’Efsa avait pour objectif de mieux cerner les perturbateurs endocriniens, et de dresser un inventaire des tests requis pour définir une molécule comme telle. Au vu des nombreuses études qui s’accumulent sur leur éventuel impact sanitaire (cancers, stérilité, diabète, etc.), l’enjeu est de taille.

Dès lors, cet avis pourrait fort décevoir les adversaires des perturbateurs endocriniens. L’Efsa y distingue d’une part les substances actives sur le système endocrinien, «qui ont la capacité inhérente d’interagir ou d’interférer avec un ou plusieurs composants du système endocrinien, résultant en un effet biologique sans entraîner nécessairement d’effets délétères». Parmi eux, les perturbateurs endocriniens à l’effet délétère ne seraient qu’une sous-classe.

Selon l’Efsa, un perturbateur endocrinien doit remplir trois critères: présenter «1) un effet délétère sur un organisme intact ou sur une (sous-)population; 2) une activité endocrinienne; 3) une possible relation de causalité entre les deux». A la différence des substances actives sur le système endocrinien, qui ne remplissent que le deuxième critère.

Or «comme les critères scientifiques d’un effet délétère n’ont pas été définis de manière générale, les critères spécifiques pour les perturbateurs endocriniens n’ont pu être identifiés. Ainsi, le jugement des experts sera requis au cas par cas», ajoute l’Efsa.

Bref, les débats ne sont pas près de s’achever. D’autant que l’autorité dit relever «une absence de consensus dans la communauté scientifique quant à l’existence et/ou au bien-fondé d’effets à faible dose et de courbes de réponse non monotoniques», deux phénomènes indissociables de la notion de perturbateurs endocriniens.

Si l’Efsa s’avoue, pour l’instant, incompétente à cerner les effets délétères de manière générale, il n’en est pas de même pour les effets endocriniens eux-mêmes, qui permettent de dire si une molécule constitue, a minima, une substance endocrine active. Selon elle, une série de tests est déjà, ou sera bientôt, disponible pour observer des modulations de 4 voies hormonales (œstrogénique, androgénique, thyroïdienne et stéroïdogénique). La plupart sont prévus pour l’expérimentation chez les mammifères et les poissons, quelques-uns chez les oiseaux et les amphibiens, précise l’autorité.

Quelques jours avant la publication de cet avis, le Parlement européen a adopté le 14 mars, à 489 voix contre 102, la résolution de l’eurodéputée Asa Westlund «sur la protection de la santé publique contre les perturbateurs endocriniens». Un texte qui s’avère en effet très résolu, dont l’article 1 appelle la Commission européenne à réduire l’exposition «à court et à long terme» à ces substances (voir le JDLE (http://www.journaldelenvironnement.net/article/perturbateurs-endocriniens-une-resolution-europeenne-en-mars,32869)).

L’adoption de ce texte a été saluée par le réseau Environnement-santé (RES) qui, dans un communiqué disait d’ores et déjà redouter la distinction, soutenue par l’Efsa, entre substances endocrines actives et perturbateurs endocriniens. «Certains industriels et leurs relais veulent distinguer les PE [perturbateurs endocriniens, ndlr] faibles des PE forts; seuls les PE forts seraient retenus réglementairement comme PE et les autres ne seraient pas régulés», affirmait Yannick Vicaire, chargé de mission au RES.

Pour l’association, «cette approche ne repose sur aucun précédent juridique, ni aucun fondement scientifique: ainsi, pour les CMR [cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques, ndlr], le distingo se fait uniquement sur la base du niveau de connaissances et non pas sur l’activité faible ou forte d’un cancérigène. Retenir ce critère pour les PE risque de laisser définitivement en-dehors de tout contrôle un certain nombre de substances, en négation complète du principe de précaution, en hypothéquant les progrès scientifiques à venir, la prise en compte de l’effet cocktail ou la complexité des interactions et des impacts environnementaux».

Laissé de côté par l’Efsa pour le moment, l’effet cocktail fera l’objet d’un autre avis, publié en cours d’année. Du côté de la France, premier pays à interdire la présence du bisphénol A dans tout contenant alimentaire -à partir de 2015-, «une stratégie de lutte comprenant des actions de recherche, d’expertise, d’information du public et de réflexion», devrait être élaborée d’ici juin prochain, selon la feuille de route pour la transition écologique adoptée en septembre 2012.

 



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