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Perturbateurs endocriniens: la stratégie nationale en panne?

Le 21 mai 2013 par Marine Jobert
L'enfant à naître et les jeunes enfants, premières cibles des perturbateurs endocriniens.
L'enfant à naître et les jeunes enfants, premières cibles des perturbateurs endocriniens.
DR

Lors de la dernière réunion, le 17 mai, ils ont failli quitter la salle. Michèle Rivasi, députée européenne Verts-ALE et André Cicolella, président du réseau Environnement-santé, affichent la même exaspération après 4 réunions sur la stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens, aux côtés des industriels et des services de l’Etat. A les écouter, les débats en cours ne sont pas à la hauteur des enjeux de santé publique et environnementale posés par les perturbateurs endocriniens. Le Journal de l’environnement les a interrogés, non sans avoir pris connaissance du compte rendu de la dernière réunion. Si les parties prenantes –ONG, chercheurs, industriels- alternent interrogations et propositions concrètes, la puissance publique affiche une position très en retrait de certains constats scientifiques alarmés du Parlement européen ou de l’OMS [JDLE].

JDLE – Après 4 réunions consacrées à la construction d’une stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens (SNPE), où en est-on des propositions mises sur la table?

André Cicolella – Comme son nom l’indique, nous étions censés discuter d’une stratégie. Or on a l’impression qu’on doit rediscuter du principe même des perturbateurs endocriniens (PE). Le document de travail que l’Etat nous présente est un copié-collé de ce qui se fait actuellement et ne contient absolument pas la notion essentielle d’urgence: on discute d’un risque potentiel, presque aléatoire, flou, vague… comme s’ils ne savaient pas que chaque journée est cruciale! Chaque jour, des femmes enceintes passent par ce temps du développement des organes de leur fœtus, entre la 3e et la 9e semaine, qui est une fenêtre d’exposition critique aux PE. Or elles sont laissées sans protection. Nous exigeons qu’un préambule soit rédigé, qui reprennent les enjeux stratégiques des PE, notamment les points du rapport Westland, votés en mars par le Parlement européen. Une partie du problème vient de ce que l’administration de la santé continue de considérer la santé environnementale comme marginale. Les comportements individuels ne sont pas seuls en cause dans les épidémies actuelles; et même ces comportements individuels sont la conséquence d’un environnement, comme celui qu’installe la publicité, par exemple.

Michèle Rivasi – A cette dernière réunion, chacun devait apporter sa contribution. Pour ma part, j’ai insisté sur l’information du public et sur la limitation de l’exposition, avec une attention particulière pour les femmes enceintes et les fœtus. Mais quand j’ai découvert le document de travail, qu’on nous a communiqué seulement trois jours avant, j’ai réalisé qu’il n’y avait aucune référence à l’épidémie en cours, sur l’effet de seuil et les faibles doses, sur les fenêtres d’exposition, les effets transgénérationnels, etc. N’importe qui, ne connaissant rien au sujet des perturbateurs endocriniens, serait capable de rédiger un rapport comme celui-ci! Comme si on n’avait pas évolué sur le sujet. Au contraire, on nous dit qu’il faut encore faire des études, qu’il y a encore des incertitudes…

 

JDLE – Dans quelles directions souhaitez-vous voir aller la stratégie nationale?

André Cicolella – J’ai proposé qu’une taxe de 0,1% du chiffre d’affaires de l’industrie chimique soit prélevée pour créer un institut qui aiderait les entreprises à faire évoluer leurs procédés et œuvrer à la protection de la santé. Le «Toxic Use Reductions Institute» -TURI- dans le Massachussets (Etats-Unis) a fait ses preuves et pourrait servir de modèle. Je ne vois pas le mot «innovation» inscrit une seule fois dans ce texte; pourtant, il faut innover, en intégrant l’enjeu sanitaire [JDLE]. Pour contrer les produits chinois, ce serait même un argument! Malheureusement, cet aspect du changement n’est présenté que comme une contrainte. Pourtant, cette stratégie pourrait être une occasion de gagner, ou à tout le moins d’économiser, de l’argent. Les malformations génitales chez les petits garçons ont doublé en 20 ans (2 pour 1.000 naissances), l’hyperactivité enfle, l’infertilité explose. Tout cela a un coût.

Michèle Rivasi – Nous avons besoin d’une force opérationnelle (task force) européenne, qui rassemble les agences sanitaires en pointe sur le sujet, pour qu’aucune n’étudie les mêmes molécules dans son coin. N’oublions pas qu’il y a 800 molécules recensées comme PE! Le Danemark, la Suède, et peut-être quelques laboratoires allemands, sont en phase avec la France sur le sujet. Le principe de précaution et le principe de prévention –comme l’a rappelé Corinne Lepage [qui participe à la SNPE]- doivent être appliqués pour les molécules aux effets PE connus. Des études d’exposition doivent être menées d’urgence, pour que l’on sache ce qui nous imprègne, dans la cuisine, la salle de bains ou dans les supermarchés. Enfin, l’information est essentielle. Ils nous parlent d’informer les médecins (en oubliant d’inclure la problématique dans la formation initiale): les infirmières et les instituteurs aussi doivent être ciblés!

 

JDLE – Quelles perspectives prêtez-vous à la démarche de la SNPE?

André Cicolella – Il faut savoir que le groupe de travail de la SNPE doit, à marche forcée, accoucher d’un texte d’ici la mi-juin et que ce texte doit être soumis à consultation publique… Dans le meilleur des cas, quelques-uns diront qu’il faut s’en occuper; mais globalement, les gens ne s’y intéressent pas. C’est de la fausse démocratie! Pourquoi précipiter ainsi la démarche? Pourquoi ne pas attendre la conférence environnementale de septembre prochain? A la prochaine réunion –qui a été rajoutée in extremis et qui se tiendra le 31 mai- nous irons avec un «plan B», c’est-à-dire un nouveau texte à l’architecture remodelée. Nous lancerons également, d’ici quelques jours, une pétition autour de l’objectif «pas de PE: ni dans mon corps, ni dans l’environnement» et du financement par l’industrie d’une partie de la recherche sur leur chiffre d’affaires.

Michèle Rivasi – Qui a vraiment la main sur la SNPE? Le ministère de l’écologie –qui est très revendicatif- le ministère de la santé –qui l’est beaucoup moins…- ou celui de la recherche –qui refuse de nous dire quelles études sont menées sur les PE? Je vois bien que chacun a son territoire. Alors je voudrais de la transparence sur la gouvernance à l’œuvre.



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