Perturbateurs endocriniens: la stratégie française du verre à moitié…plein

Le 20 juin 2013 par Marine Jobert
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L'élimination de certains phtalates, annoncée par Delphine Batho, n'apparaît pas dans le document final.
L'élimination de certains phtalates, annoncée par Delphine Batho, n'apparaît pas dans le document final.
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Après 6 réunions, le groupe de travail chargé d’élaborer la stratégie française sur les perturbateurs endocriniens (SNPE) a accouché d’un texte qui sera prochainement soumis à consultation du public et présenté en conseil des ministres. Aucun financement n’est annoncé. Aucun calendrier n’est précisé. Aucun engagement ferme d’action n’est pris. Pour autant, les politiques et les ONG qui ont participé à son élaboration se déclarent globalement satisfaits de voir les grands principes propres aux PE inscrits noir sur blanc dans un document qui sera attentivement lu par Bruxelles.

Ce sont les 10 premières pages du document (lequel en compte une quarantaine, sans les contributions des différentes parties) qui semblent faire l’unanimité. Réclamé à corps et à cris, le préambule tel que rédigé initialement avait failli sonner le glas de la SNPE [JDLE]. Des améliorations ont été apportées pour définir au plus près de l’état de la science les objectifs stratégiques à assigner au plan français. Il est fait référence au rapport Westlund, voté au Parlement européen en mars dernier, et à la deuxième version du rapport «Signaux précoces, leçons tardives» de l’agence européenne pour l’environnement [JDLE]. L’explosion du nombre de maladies chroniques, des troubles hormonaux et métaboliques, les problèmes d’infertilité ou les effets transgénérationnels des PE sont mentionnés. De plus, il est fait référence à l’impact des PE sur la biodiversité, avec notamment une mention du protocole de Nagoya. «Au départ, on partait sur un texte qui ne prenait en compte que la santé humaine, et pas les impacts des PE sur la biodiversité», rappelle André Cicolella.

 

Selon le président du réseau Santé-environnement, ce texte de consensus –qui mentionne aussi le rapport conjoint du programme des Nations unis pour l’environnement (Pnue) et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS[1] [JDLE]- «prend en considération le changement de paradigme des PE [à savoir les 5 modes d’action propres aux PE: fenêtre critique d’exposition, latence des effets, effets cocktails, relation dose-effet non monotonique, effets transgénérationnels]». Même s’il admet qu’un texte «avec de grandes intentions, mais sans financement, cela n’a pas trop de sens», le scientifique salue les avancées obtenues, qui sont autant de signaux envoyés aux agences sanitaires. «Tout cela est écrit. S’il y a des oublis, nous serons là pour leur rafraîchir la mémoire», prévient-il.

 

Plus réservée, Elisabeth Ruffinengo, chargée de mission pour WECF[2], parle plutôt d’un document «qui évoque des pistes, mais timidement, sans fermeté, pour ne froisser personne». Ce que confirme une participante aux débats, qui évoque un texte «patchwork», dans lequel «toutes les opinions sont formulées». Les dissensus, notamment de la part des industriels, sont d’ailleurs explicitement signalés dans des encadrés insérés dans le texte. Au final, aucun engagement n’est formulé, les mesures concrètes semblant devoir être mises en œuvre dans le cadre du plan national Santé-environnement 3, du plan Cancer, du plan Obésité ou de la stratégie nationale sur la biodiversité.

Gérard Bapt, député socialiste de Haute Garonne -et auteur du projet de loi interdisant le bisphénol A dans les contenants alimentaires- estime pour sa part que «la stratégie nationale formalise utilement, sur la base d’effets sanitaires et environnementaux avérés, la décision française de donner une impulsion décisive, nationale et européenne, à la protection des populations dont l’exposition à certaines substances est susceptible de porter atteinte à leur santé et à leur environnement».

 

Avant même le lancement de la consultation publique en France, le texte devrait maintenant prendre le chemin de Bruxelles où circulent déjà, entre la Direction générale de la santé et des consommateurs, la Direction Environnement et l’Efsa, les définitions des critères qui permettront la définition des PE. Celle-ci sera vraisemblablement très discrète, puisque les ministères ont indiqué ne disposer d’aucun budget pour mener une quelconque campagne de communication. Ensuite, le texte devrait être présenté en conseil des ministres. Peut-être avant la Conférence environnementale, au cours de laquelle il n’est absolument pas prévu d’évoquer la santé environnementale en général et les perturbateurs endocriniens en particulier.



[1] «Etat de la science sur les produits chimiques ayant un effet perturbateur endocrinien».

[2] L’association «Women in Europe for a common future», qui œuvre «pour porter la voix des femmes pour une transition écologique», vient d’éditer un guide conseil en direction du grand public, accessible ici.

 



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