Perturbateurs endocriniens: l’Europe sommée d’être ambitieuse

Le 27 mai 2013 par Marine Jobert
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
La déclaration tire son nom du bâtiment de la Commission - Berlaymont – où s’est tenue, en juin 2012, une réunion d'experts sur la question des perturbateurs endocriniens.
La déclaration tire son nom du bâtiment de la Commission - Berlaymont – où s’est tenue, en juin 2012, une réunion d'experts sur la question des perturbateurs endocriniens.
DR

C’est un encouragement sous forme de mise en garde qu’ont adressé à l’Union européenne une centaine de scientifiques travaillant dans le champ des perturbateurs endocriniens. «Les financements européens ont contribué à étayer la plausibilité que les perturbateurs endocriniens puissent nous mener à des effets graves et irréversibles sur la santé humaine, la faune et la flore», écrivent ces scientifiques dont la plupart sont chercheurs ou enseignants dans des universités européennes (Suède, Grande-Bretagne, Norvège[1]). «En tant que première place économique à cibler ainsi les perturbateurs endocriniens, l’Union européenne a l’occasion de mettre en place des critères qui seront exemplaires en matière de politiques de protection de la santé et de l’environnement pour les autres régions du monde. Nous souhaitons exprimer nos vues sur ce sujet et appelons la Commission européenne à mettre en œuvre des mesures réglementaires qui soient conformes à la meilleure science disponible.»

 

Dans la ligne de mire de cette «déclaration de Berlaymont» (ici traduite en français), les propositions de régulation poussées par certains Etats, «qui ne sont pas assez protectrices (…) et qui placent les intérêts commerciaux au-dessus de la protection de la santé humaine, de la faune et de la flore». C’est qu’il se joue une bataille à bas bruit à Bruxelles, où la Commission européenne devrait annoncer à la fin de l’année la définition scientifique européenne des PE, de laquelle découlera le devenir d’autres substances chimiques (notamment les pesticides et les biocides). Il est donc l’heure de donner de la voix pour ces scientifiques «qui publient activement des travaux (…) et sont à l'avant-garde de la production de connaissances sur le sujet», selon Andreas Kortenkamp, professeur à l'université Brunel de Londres (Royaume-Uni), cité par Le Monde.

 

Sperme «de pauvre qualité», augmentation des malformations génitales chez les petits garçons, «hausse dramatique» des cancers du sein, de la prostate, des testicules, de l’endomètre[2], des ovaires et de la thyroïdes. Les scientifiques égrènent les effets délétères des PE. La prévalence de l’obésité et du diabète de type 2 a «dramatiquement augmenté», notent-ils. Et d’insister sur le fait que les causes génétiques, l’amélioration des diagnostics ou les modifications dans les styles de vie ne suffisent pas à expliquer l’explosion de ces maladies. «Les preuves se renforcent que les facteurs environnementaux, dont les expositions chimiques, jouent également un rôle dans ces tendances, mais les produits chimiques impliqués sont difficiles à identifier.» Toutefois, les effets précis d’un certain nombre de molécules sur les organes ont été mis à jour, comme l’augmentation du risque de cancer du sein après exposition aux PCB.

 

Les scientifiques insistent sur la nécessité de bien prendre en compte les spécificités d’action des PE. Comme les moments auxquels les sujets sont exposés (pendant la grossesse et le développement de l’enfant). «Le danger est grand que des risques importants soient négligés si l’évaluation est effectuée en dehors de [ces fenêtres d’exposition].» Selon eux, les tests homologués par l’OCDE, et qui sont actuellement le maître-étalon des tests menés au plan international, ne sont pas du tout adaptés pour mettre au jour la totalité des effets des PE. Pourtant, assurent-ils, ces outils existent. De plus, l’action des PE peut être mise en évidence à des doses très basses, notamment lorsque les organismes sont exposés à des combinaisons de plusieurs substances. Les scientifiques fixent l’année 2020 comme horizon pour atteindre un corpus d’évaluation satisfaisant et estiment que «l’incertitude scientifique ne devrait pas retarder la mise en place d’une réglementation».



[1] Quelques-uns sont issus du continent américain (Etats-Unis, Canada, Chili) et asiatique (Chine, Japon) et on relève le nom de deux Français seulement.

 

[2] Il s’agit du tissu de l'utérus où se produit la nidation.

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus