Perturbateurs endocriniens: facture salée pour les hommes

Le 18 novembre 2014 par Romain Loury
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Pour HEAL, jusqu'à 31 milliards d'euros, toutes maladies confondues
Pour HEAL, jusqu'à 31 milliards d'euros, toutes maladies confondues

Dans l’Union européenne, les perturbateurs endocriniens pourraient coûter près de 1,2 milliard d’euros par année d’exposition, et ce rien que pour les problèmes de l’appareil reproductif masculin, selon une étude menée dans les pays scandinaves.

 

Hypospadias, cryptorchidies, cancers du testicule, stérilité: certes, ce n’est là qu’un petit échantillon des méfaits imputés aux perturbateurs endocriniens, qui pourraient aussi entraîner diabète, obésité, cancers hormonodépendants (sein, prostate), troubles du comportement infantile, etc. Mais il s’agit de ceux dont le lien de causalité est le plus clairement établi avec ces agents chimiques.

L’exercice est donc assez différent de celui mené par l’association HEAL, qui estimait en juin à 31 milliards d’euros par an le coût sanitaire des perturbateurs endocriniens, toutes maladies confondues.

Bien que le lien entre perturbateurs endocriniens et troubles reproductifs soit désormais bien établi, la nouvelle étude, publiée par le Conseil nordique des ministres [1], n’a pu s’affranchir d’édicter des scénarios. En particulier sur la part de ces maladies réellement imputables à ces molécules, qui pourrait être de 2%, 20% ou 40%.

Un chiffre probablement sous-évalué

Pour les cinq pays concernés, le scénario le plus pessimiste (40% de cas liés aux perturbateurs endocriniens) équivaut à un coût sanitaire de 72,3 millions d’euros par année d’exposition. Le tout comprend le coût des traitements, celui des arrêts maladie et celui, plus difficile à chiffrer, des années de vie perdues et du handicap. Ces dernières n’étant pu être estimées pour la stérilité, ces coûts seraient donc sous-évalués, reconnaît le rapport.

En extrapolant ces chiffres aux 28 pays de l’UE (dont l’Islande ne fait pas partie), les experts estiment que les perturbateurs endocriniens coûtent 59 millions d’euros pour le scénario le plus bas (2%), 592 millions d’euros pour le scénario 20%, ou 1,184 milliard d’euros pour celui à 40%.

Pour Lisette van Vliet, conseillère politique chez HEAL, «ce rapport devrait constituer le coup final au lobbying de l’industrie, qu’elle utilise afin de ralentir le processus de régulation des perturbateurs endocriniens. En ajustant à 40% la part de ces maladies liées aux perturbateurs endocriniens, ces gouvernements démontrent clairement que le coût pour la population masculine pourrait être considérable, et que nous ne devrions donc pas utiliser ces produits chimiques».

Fortement entaché de soupçons de lobbying, le dossier des perturbateurs endocriniens accuse en effet bien du retard au niveau européen. La Commission européenne, qui n’a pas respecté son échéance du 14 décembre 2013 pour la présentation de critères de définition de ces substances, a soumis le sujet à consultation publique, ouverte jusqu'au 16 janvier 2015.

Elle s’est par ailleurs engagée à lancer une étude d’évaluation de l’impact économique qu’aurait le retrait des perturbateurs endocriniens –des travaux fortement souhaités par l’industrie. Ces études de coût sanitaire pourraient déjà lui en donner un premier aperçu…

[1] Le Conseil nordique des ministres est un organe de coopération regroupant le Danemark, la Finlande, l’Islande, la Norvège et la Suède, leurs territoires autonomes (îles Féroé et Groenland pour le Danemark, îles Åland pour la Finlande), ainsi que trois pays observateurs, à savoir les trois Etats baltes (Lituanie, Lettonie et Estonie).



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