Perturbateurs endocriniens: exiger un changement de paradigme

Le 18 juin 2013 par Marine Jobert
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Les enfants, avant même leur conception, doivent être protégés des perturbateurs endocriniens.
Les enfants, avant même leur conception, doivent être protégés des perturbateurs endocriniens.
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C’est à la fois un constat d’échec et un pari sur l’avenir. A la veille de la dernière réunion de la stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens (SNPE) et après des semaines d’échanges difficiles [JDLE] avec les autres parties prenantes, des associations[1] spécialisées dans les questions de santé environnementale publient ce 18 juin un appel intitulé «Perturbateurs endocriniens: le temps de l’action». Son objectif: (ré)affirmer la nécessité que la SNPE accouche de mesures et de positions ambitieuses, en phase avec l’état de l’art. «La SNPE doit partir du rôle des perturbateurs endocriniens dans les crises sanitaires et écologiques mondiales et acter un changement de paradigme dans [leur] traitement», affirment en préambule les associations. Un site internet "Stop aux PE" et une pétition complètent la démarche.

 

Le texte s’appuie sur une série d’études récentes qui pointent l’impact mondial[2] des PE, leurs effets délétères sur la faune et leur rôle déterminant dans l’explosion du nombre de maladies chroniques et des troubles hormonaux et métaboliques. Selon les associations, il s’agit du «devoir éthique de ne pas hypothéquer l’avenir de la jeunesse actuelle et des générations futures». Poursuivre sur la lancée actuelle constituerait «une charge insupportable de morbidité et d’infertilité, une diminution globale des facultés intellectuelles de la population et l’augmentation des troubles du comportement». Pour tenter de remédier à ces problèmes majeurs, les associations ont développé en 10 points un plan d’action dont elles invitent fortement la SNPE à s’inspirer.

 

En tête de liste, la réduction des expositions des écosystèmes et des populations, en insistant sur les plus vulnérables du fait de leur situation sociale, leur état de santé, leur âge ou leurs activités professionnelles. Pour ce faire, les associations préconisent des mesures concrètes, «en priorité dans les usages alimentaires, les cosmétiques, les jouets et articles de puériculture et les dispositifs médicaux, si besoin en précédant le lancement de procédures réglementaires européennes par des mesures nationales». Notamment via un étiquetage permettant «une information claire, compréhensible et accessible du public pour renforcer sa capacité à faire un choix éclairé». Egalement une priorité, la formation des acteurs, tant publics que privés, ainsi que des personnels médicaux.

 

Autre revendication des associations, «acter le changement de paradigme toxicologique des PE, dont les modes d’action remettent en cause la vision classique de la toxicité des substances chimiques». Elles reviennent ainsi sur les 5 modes d’action propres aux PE: fenêtre critique d’exposition, latence des effets, effets cocktails, relation dose-effet non monotonique, effets transgénérationnels. La bataille en cours à Bruxelles pour dégager une définition juridique européenne des PE préoccupe grandement les associations, qui voudraient que la France soutienne une définition «la plus inclusive possible, considérant en parallèle le mode d’action et la nocivité et rejetant tout critère préalable d’exclusion tel que l’activité». Elles souhaitent voir la France défendre «l’assimilation des PE à des substances sans seuil pour que les PE avérés (catégorie 1) et fortement suspectés (catégorie 2) soient couverts par le régime réglementaire de la substitution obligatoire» [telle que prévue par Reach], et que «les PE faiblement suspectés (catégorie 3) fassent l’objet d’une vigilance ou de restrictions dans les usages pertinents (cosmétiques, contact alimentaire, articles destinés aux enfants)».

 

Renforcer la recherche, accélérer les processus de substitution, voire «faciliter et promouvoir les démarches de substitution en aval de la chimie, en cohérence avec les priorités de réduction des expositions». Mais aussi faire en sorte que la SNPE prévoit «la mise en œuvre d’une politique exemplaire d’approvisionnement de l’Etat et des collectivités, dont prioritairement les établissements scolaires et hospitaliers, pour à la fois participer à la réduction des expositions et faire émerger un marché pour les alternatives aux perturbateurs endocriniens».

 

Enfin, à défaut d’exiger une élimination des sources de PE –et en ne citant que les pesticides, le bisphénol A et les phtalates- les associations plaident pour l’application du principe pollueur-payeur. «La SNPE doit être l’occasion d’une réflexion sur les coûts de la sécurité sanitaire et environnementale et sur la nécessaire contribution financière des ’producteurs de risques‘ pour y faire face de manière appropriée. La surveillance, la recherche, l’expertise, le contrôle, la gestion réglementaire ou des programmes de remédiation ne doivent plus être supportés uniquement par les contribuables, mais être compensés par une redevance indexée sur le chiffre d’affaires des entreprises génératrices ou vectrices de risques chimiques.»

 



[1]  WECF France  /   Réseau Environnement Santé  /  Générations Futures  /  Agir pour l’Environnement (APE)  /  Le Collectif Interassociatif Sur la Santé (CISS)  /  Centre national d'information indépendante sur les déchets (CNIID)  /  Comité pour le Développement Durable en Santé (C2DS)  /  SOS MCS  /  Santé Environnement Rhône Alpes  /  Adéquations  /  Groupement International d’Etudes Transdisciplinaires (GIET)  /  Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO)  /  Fibromyalgie France  /  Le Lien  /  Au fil du Rhône  /  Coordination Nationale Médicale Santé Environnement (CNMSE)  /  Appel de la Jeunesse  /  La Mutuelle Familiale  /  Non Au Mercure Dentaire  /  Veille au Grain Bourgogne  /  Noteo  /  Confédération Paysanne  /  Fédération d’Actions Régionales pour l’Environnement - Sud  /  Association Toxicologie Chimie (ATC)  /  Alliance Provence  /  Les Paniers Marseillais  /  WWF  /  Fondation Sciences Citoyennes (FSC).

 

[2] La prévention et la maîtrise des maladies non transmissibles, Assemblée générale des Nations unies (2011), «Global Chemicals Outlook», Programme des Nations unies pour l’environnement (2012), Convention des Nations unies sur la diversité biologique de Nagoya (2010)

 

 



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