Perturbateurs endocriniens: des pesticides blanchis par la Commission?

Le 10 décembre 2019 par Romain Loury
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Une législation pesticides sans effet concret
Une législation pesticides sans effet concret

Si la législation européenne interdit officiellement les pesticides ayant des propriétés de perturbation endocrinienne, la réalité en est bien éloignée. Selon un rapport publié mardi 10 décembre par le Pesticide Action Network (PAN Europe), la Commission européenne élude souvent la question.

En vertu du règlement européen 1107/2009, en vigueur depuis 2011, tout pesticide perturbateur endocrinien doit être retiré du marché. Restait à fixer les critères de définition d’un perturbateur endocrinien, qui sont nés dans la douleur, et avec près de cinq ans de retard –en 2018, au lieu de 2013-, selon un processus dénoncé en mai par PAN Europe.

Des demandes d’informations laissées sans suite

Si elle reste unique au monde, cette règle européenne demeure peu appliquée, comme le révèle PAN Europe dans un nouveau rapport publié mardi 10 décembre. Dans son analyse menée sur 33 pesticides approuvés depuis l’entrée en vigueur du règlement, l’association révèle que 31 d’entre eux l’ont été sans aucun test préalable de perturbation endocrinienne.

Pour 12 de ces pesticides, la Commission européenne a émis un doute sur un possible effet perturbateur endocrinien, requérant des industriels des ‘informations’ additionnelles, mais seulement après avoir accordé son autorisation de mise sur le marché (AMM). Cette demande de la Commission semble s’apparenter à une simple formalité: pour 10 de ces 12 pesticides, les industriels ont fait la sourde oreille, ne soumettant aucun résultat de test –sans que l’AMM ne soit levée.

Des effets négligés ou écartés

Pire, la Commission semble souvent sourde aux résultats de son propre Centre commun de recherche (Joint Research Center, JRC). Pour sept de ces pesticides, les chercheurs du JRC avaient conclu à un caractère perturbateur endocrinien. Pour deux d’entre eux, la Commission a considéré qu’ils n’en étaient pas. Pour cinq autres, elle a simplement formulé une demande d’information aux fabricants.

Lorsque des résultats de tests démontrent un effet perturbateur endocrinien, la Commission et l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) relativisent, évoquant par exemple un «effet indirect», survenant «seulement à haute dose» ou «probablement lié à d’autres mécanismes». Ce qui, selon PAN Europe, constitue «autant de spéculations reposant sur de faibles preuves expérimentales».

Selon le coordinateur de la politique chimique de PAN Europe, Hans Muilerman, «les actions de la Commission sur un certain nombre d’années suggèrent que leur priorité est de limiter les coûts pour l’industrie et de réduire les obstacles aux futurs échanges avec d’autres pays, tout en exposant les citoyens aux potentiels effets des pesticides dangereux».



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