Perturbateurs endocriniens: 4 ans de retard au mieux

Le 21 mai 2015 par Romain Loury
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Un véritable labyrinthe
Un véritable labyrinthe

Quand les citoyens européens auront-ils enfin droit à des critères de définition des perturbateurs endocriniens? Pas avant fin 2016, voire 2017, dans le meilleur des cas, estime Corporate Europe Observatory (CEO) dans un rapport publié mercredi 20 mai. Quant à la Commission européenne, elle préfère ne plus avancer de date.

Conflits d’intérêt, «fabrique du doute», chantage économique, lobbyistes rémunérés, mails en douce aux dirigeants de la Commission… en passe de devenir un cas d’école des pressions industrielles sur les processus politiques, l’affaire avait déjà été exposée très en détail dans le documentaire «Endoc(t)rinement» de la journaliste Stéphane Horel, diffusé en 2014.

Mercredi 20 mai, le sujet a eu droit à deux rapports associatifs, l’un du Pesticide Action Network (PAN) Europe, l’autre de CEO et de Stéphane Horel. Dans les deux cas, il s’agit, en s’appuyant sur des documents et mails internes obtenus sur requête de la Commission européenne, de démontrer le poids du lobby industriel dans le retard pris pour définir les perturbateurs endocriniens, des critères initialement attendus au maximum mi-décembre 2013.

L’étude d’impact va prendre son envol

Les deux documents sont publiés alors que la Commission organise, le 1er juin, une conférence publique à Bruxelles en vue de l’étude d’impact économique des critères de définition, toujours pas lancée mi-2015 bien que la décision ait été officialisée en septembre 2013.

Petit rappel: cette analyse est considérée par les associations comme un contre-feu de l’industrie, dont elle a réussi à imposer l’idée à la Commission. Au-delà des arguments qu’elle fournira aux industriels, cette analyse économique leur permet de faire traîner les procédures, retardant d’autant la mise en place des critères.

Pour CEO, «l’étude d’impact [économique] des critères des perturbateurs endocriniens prendra encore beaucoup de temps afin d’être menée à terme. Même dans le meilleur des cas, ces critères ne seront pas prêts avant le deuxième semestre 2016». Peut-être même 2017, soit près 4 ans de retard, explique au JDLE Nina Holland, du CEO.

Influence? Quelle influence?

A la Commission européenne, on se retranche derrière le discours officiel. Contacté par le JDLE, Enrico Brivio, porte-parole de la direction générale santé (DG santé) [1], regrette «une interprétation faussée, une dramatisation»: «cette influence de l’industrie n’existe pas, nous écoutons tous les acteurs, industriels, scientifiques et associations».

S’il prévoit que l’étude d’impact économique sera menée à bien en 2016, Enrico Brivio se montre plus prudent sur l’objectif ultime, à savoir la mise en place des critères de définition: «je ne peux pas m’engager sur une date, on va voir comment les débats vont procéder». Probablement dans la plus grande sérénité.

[1] La DG santé et sécurité alimentaire est désormais la seule en charge du dossier, après que la DG environnement en ait été évincée. Une autre victoire de l’industrie, retracée dans le rapport de CEO.



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