Permis du bassin d’Alès: un rapport qui attise la colère des opposants

Le 27 août 2013 par Marine Jobert
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Les maires du secteur, soutenus par les collectifs d'opposants.
Les maires du secteur, soutenus par les collectifs d'opposants.

Des huiles lourdes seront-elles un jour exploitées dans le Gard? Les collectifs de citoyens opposés aux hydrocarbures non conventionnels ont bien l’intention de s’y opposer. Ils appellent à une manifestation le 30 août, à l’occasion de la remise du rapport commandé par l’ancienne ministre de l’écologie pou faire le point sur le permis du bassin d’Alès.

C’est pour désamorcer les suspicions d’un possible recours à la fracturation hydraulique que Delphine Batho -alors ministre de l’environnement- diligentait, en octobre 2011, une expertise indépendante sur le permis exclusif de recherche d’hydrocarbures liquides et gazeux du bassin d’Alès. Objectifs: identifier les zones susceptibles de contenir des hydrocarbures et évaluer la pertinence du programme de recherche proposé par la société suisse MouvOil SA- titulaire du permis- associée au Suédois Thethys Oil France AB. Une synthèse de ces questions, rédigée par Jean-Paul Déroin, professeur de géologie à l’université de Reims Champagne-Ardenne, sera remise le 30 août au préfet du Gard. Un appel à manifester à Nîmes le même jour a été lancé par les collectifs d’opposants aux gaz et pétrole de schiste pour soutenir les maires concernés par le permis. Car ce rapport est loin de tarir le flot des critiques, tant à l’égard du projet lui-même qu’envers la poursuite de l’exploration d’hydrocarbures sur le territoire français.

 

Espoirs douchés

Il s’agit d’une zone de 215 kilomètres carrés, à cheval sur une vingtaine de communes, pour laquelle la société MouvOil SA s’est vu délivrer un permis de recherche exclusif en mars 2010. La mobilisation contre le gaz et le pétrole de schiste, en 2011, a quelque peu douché ses ambitions, même si l’entreprise a toujours soutenu qu’elle n’envisageait pas de recourir à la technique  de la fracturation hydraulique (interdite depuis juillet 2011) . L’été 2012, MouvOil SA espérait encore lancer une campagne d’étude sismique pendant l’été. Peine perdue.

 

Huiles lourdes

De quoi désespérer les actionnaires, car le sous-sol semble recéler d'intéressantes réserves d’hydrocarbures, tant liquides que gazeux. «1.300 tonnes d’hydrocarbures de type huile lourde, riche en soufre, ont été produites entre 1949 et 1952», rappelle l’expert, qui note la présence de schistes houillers «potentiellement producteurs de gaz de houille» et de schistes-cartons «potentiellement producteurs de gaz de schiste», dont l’extension et l’épaisseur semblent toutefois limitées dans le secteur d’Alès. «Les données géologiques et géophysiques restent incomplètes sur la plus grande partie du bassin», estime l’expert, qui juge que «la campagne sismique réflexion projetée par la société MouvOil est nécessaire à la meilleure connaissance du secteur». Il considère que «la technique d’acquisition par camion vibrateur ne présente aucun danger pour l’environnement». Il préconise que la campagne tienne compte à la fois des habitudes des populations (récoltes, vendanges) et du climat (précipitations automnales).  

 

Acide et fracturation «conventionnelle»

La question centrale du rapport était la suivante: après l’acquisition de données par les camions vibreurs, quelles techniques seraient utilisées pour mener à bien les forages d’exploration? «Les hydrocarbures de type huile lourde, riche en soufre, peuvent être exploités sans recourir à la fracturation hydraulique», écrit Jean-Paul Déroin. Le premier programme de travaux que MouvOil SA avait transmis à l’Etat en janvier 2009 indiquait que «l’évaluation des réservoirs dans le puits d’exploration» donnerait notamment lieu à «des essais de production prolongés après acidification». Une technique inacceptable aux yeux de Paul Reynard, porte-parole du collectif regroupant les opposants ardéchois. «MouvOil a clairement dit qu’elle injecterait de l’acide chlorhydrique dans les calcaires, avant de procéder à ce qu’elle désigne comme une ‘fracturation conventionnelle limitée’, pour faciliter l’action de l’acide», explique le militant au Journal de l’environnement. «Mais quelle que soit la technique employée, les mêmes métaux lourds remontent, car les huiles lourdes ne migrent pas toutes seules vers la surface.» Au-delà des techniques employées, il rappelle qu’«il y a déjà trop d’hydrocarbures dans les réserves prouvées pour maintenir le climat en deçà des 2 degrés de réchauffement. Il ne faut donc pas en extraire encore davantage; laissons-les dans le sous-sol pour les générations futures».

 

Bloquer les camions sismiques

Paradoxalement, ce rapport d’expert censé calmer le jeu pourrait bien revigorer une opposition locale en sourdine depuis le vote de la loi du 13 juillet 2011 interdisant la fracturation hydraulique. «Les gens ici sont très remontés, ils ont l’impression d’être roulés dans la farine avec ce rapport qui ne fait que résumer les rapports techniques de MouvOil, sans procéder à aucune analyse», explique Paul Reynard. Et de prévenir que si, in fine, la campagne d’exploration sismique était autorisée, elle donnerait lieu à des blocages nombreux, qui ont été minutieusement organisés. «Il y a des milliers de personnes mobilisables sur place. Leur sac est prêt, avec dedans une couverture de survie, une lampe torche et de la nourriture toute prête. Ils ne finiront pas les tests», conclut-il.

 

 



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