Pergélisol: l’homme menacé par des hibernavirus?

Le 08 septembre 2015 par Romain Loury
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Le pergélisol, bombe sanitaire à retardement?
Le pergélisol, bombe sanitaire à retardement?

Une équipe française a découvert dans le pergélisol sibérien un nouveau virus géant, actif bien que congelé depuis 30.000 ans. Si ce Mollivirus sibericum ne s’en prend qu’aux amibes, rien n’empêche que d’autres virus, libérés par le réchauffement climatique, s’attaquent à l’homme.

Depuis le Mimivirus découvert en 2004, c’est une quatrième famille de virus géants qui vient d’être mis au jour, lors d’une découverte française publiée lundi 7 septembre dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (Pnas). D’une taille de l’ordre de la bactérie, ces virus étaient longtemps passés inaperçus du fait qu’ils ne passent pas à travers les filtres utilisés pour isoler les virus classiques.

Or comme le Pithovirus décrit en 2014 par la même équipe de Jean-Michel Claverie, du laboratoire Information génomique et structurale (CNRS/université Aix-Marseille), ce Mollivirus sibericum a été retrouvé dans un échantillon de pergélisol datant de 30.000 ans, prélevé dans la région de Kolyma, à l'extrême orient sibérien. Et comme son prédécesseur, il s'avère tout aussi capable d'infecter des amibes, organismes unicellulaires qui constituent son hôte naturel.

«Pendant longtemps, les biologistes affirmaient que l’ADN ne pouvait pas survivre au-delà d’un millier d’années, du fait de la radioactivité naturelle et du rayonnement cosmique: or notre virus date de 30.000 ans et il est parfaitement performant», gardant toute sa capacité à se répliquer en présence d’amibes, explique Jean-Michel Claverie, interrogé par le JDLE.

Dangereuses ruées vers l’or

Voilà qui donne de quoi frémir alors que le pergélisol fond doucement, sous l’effet du réchauffement climatique. Pour le chercheur marseillais, le risque n’est pas tant de voir des virus s’évader spontanément sous l’effet de la chaleur («A 30.000 ans, nous sommes déjà à 30 mètres de profondeur, cela ne va pas se réchauffer tout de suite») que sous celui de futures prospections minières, rendues possibles par la fonte des pôles.

«Les côtes de Sibérie deviennent de plus en plus accessibles, et des industriels vont pouvoir s’y installer pour exploiter les réserves d’or, de gaz et de pétrole qu’elles renferment. Les hommes y seront confinés comme sur une plateforme de forage, y vivre comme dans une bulle. Au lieu de travailler sur quelques grammes d’échantillon comme nous le faisons, ils vont remuer des millions de tonnes de sol, qui n’ont pas été remués depuis un million d’années», craint Jean-Michel Claverie.

Risque-t-on d’assister à la renaissance d’un «hibernavirus» pathogène pour l’homme? «C’est un risque potentiel qui n’est pas avéré, mais c’est une possibilité», explique le chercheur. Pas de danger avec les virus s’en prenant aux amibes, trop spécifiques pour s’en prendre à l’homme, mais rien n’exclut que l’on en déterre d’autres ayant causé des épidémies chez nos aïeux paléolithiques.

Avec son équipe, Jean-Michel Claverie continue à explorer, dans le même échantillon de pergélisol de 30.000 ans, la présence d’autres virus, pas forcément restreints aux amibes, grâce au séquençage de l’ADN total présent dans ces quelques grammes de sol gelé. Autre projet, l’équipe a commencé à analyser des échantillons encore plus vieux de pergélisol, datant de 600.000 ans.



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