Pêche: une crise sous-estimée

Le 19 janvier 2016 par Romain Loury
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Un déclin prononcé depuis 1996
Un déclin prononcé depuis 1996

La production mondiale de pêche, qui a connu un pic en 1996, connaît un déclin bien plus que rapide qu’on ne le pensait, révèle une étude publiée dans Nature Communications. La faute en revient à la pêche industrielle, qui endosse les plus grandes pertes.

Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la production de pêche a connu une hausse soutenue jusqu’en 1996, avec 86 millions de tonnes cette année-là, et s’est stabilisée depuis, avec un très léger déclin de 0,38 million de tonnes par an.

Tout faux, ou presque: il y a bien eu un pic en 1996, mais il était de 130 millions de tonnes, soit 53% plus élevé que ne le pense la FAO. Et depuis, il n’y a eu aucune stabilisation ou léger déclin, mais bien une chute sévère, à raison de 1,38 million de tonnes par an. C’est ce qui ressort de l’étude publiée par Daniel Pauly et Dirk Zeller, de l’université de la Colombie-Britannique à Vancouver.

Les petites pêcheries négligées

Selon eux, le défaut de la FAO est de minorer ce qui n’est pas issu des grandes pêcheries. Les plus petites d’entre elles sont sous-estimées, voire totalement ignorées, ainsi que la pêche artisanale, la pêche de loisir et les rejets de poissons en mer. Résultat: sur la période 1950-2010, environ un poisson sur trois échappe aux mailles du filet onusien.

Certes, ces nouvelles estimations demeurent entachées de profondes incertitudes, reconnaissent les chercheurs. Mais elles vont dans le bon sens, et permettent de dégager des tendances plus marquées que celles mises en évidence par l’institution onusienne: pic de 1996 plus élevé, déclin plus rapide.

Pêche industrielle en baisse

Cette baisse totale est avant tout le fait de la pêche industrielle: en 2010, elle n’a ramené que 73 millions de tonnes de poissons au port, contre 87 millions de tonnes dix ans auparavant. Un constat corroboré par le fait que les zones où elle sévit le plus, dont le nord-ouest de l’Atlantique, ont été les premières touchées par le déclin.

A l’inverse, la pêche artisanale connaît une hausse graduelle, de 8 millions de tonnes en 1950 à 22 millions de tonnes en 2010. Sa trajectoire est plus linéaire que celle de la pêche industrielle, sujette à une forte variabilité interannuelle.

«La reconstitution des stocks, comme l’ont effectuée avec succès de nombreuses pêcheries américaines et australiennes, et comme commencent à le faire certaines pêcheries européennes, devrait être menée plus largement, ce qui engendrerait des gains plus élevés qu’on ne le pensait. [En l’absence d’efforts de reconstitution], ce déclin est très inquiétant en termes de sécurité alimentaire mondiale», concluent les chercheurs.



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