Pêche profonde: des captures largement sous-évaluées

Le 12 avril 2018 par Stéphanie Senet
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Ecart entre les prises déclarées et les prises reconstituées entre 1950 et 2015
Ecart entre les prises déclarées et les prises reconstituées entre 1950 et 2015

Publiée le 11 avril dans la revue Frontiers in marine science, une étude montre que les captures de poissons par les chaluts de fond ont été sous-estimées d’environ 40% depuis 1950.

 

Pour mener leurs travaux, les chercheurs ont comparé les données publiées entre 1950 et 2015 par la FAO[1] à partir des déclarations des gouvernements et celles du projet de recherche Sea around us (SAU), développé par l’université canadienne de Colombie-Britannique[2], reconstituant les tonnages débarqués et rejetés de 72 espèces.

Résultat: ces scientifiques des universités de Southampton, Hawaï, Colombie-Britannique et de l’ONG française Bloom ont trouvé un écart de 11 millions de tonnes d’espèces capturées au-dessus de 400 mètres (14 Mt selon la FAO et 25 Mt selon la FAO et SAU) sur l’ensemble de la période.

 

Une pêche de plus en plus étendue

Alors que les premières captures ciblaient historiquement une poignée d’espèces dans une ou deux régions, le chalutage profond s’est complexifié, augmentant les espèces capturées, les zones couvertes et l’écart entre les déclarations et les prises réelles. Aujourd’hui, il cible surtout l’Atlantique du Nord-Est, du Nord-Ouest, et le Pacifique du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

 

Le grand écart entre 1975 et 2000

Comme le montre le graphique, la sous-estimation des captures a atteint des sommets entre 1975 et 2000. Au total, les déclarations ont été abaissées d’au moins 42% en 65 ans. L’absence de contrôle en est la cause principale. Selon les chercheurs, l’efficacité de la surveillance varie beaucoup selon les pays, ne touchant parfois que 5% de la flotte des chaluts de fond…

En ce qui concerne les espèces, ce sont les captures de juliennettes (Laemonema longipes) qui ont été les plus minorées. Les tonnages sont minimes selon la base de données de la FAO alors qu’ils ont atteint 100.000 tonnes dès la troisième année, principalement dans le Pacifique du Nord-Ouest.

Autre exemple: dans l’Atlantique Nord, les prises de grenadiers de roche ont été abaissées de 60.000 tonnes en 2001.

 

Conséquences en chaîne

L’étude énumère également les conséquences écologiques du chalutage de fond. Cette technique de pêche pratique en effet des captures rapides, touchant de nombreuses espèces accessoires, modifiant l’habitat benthique[3], provoquant la disparition de nombreuses espèces et menaçant les monts sous-marins. Sans oublier l’impact sur la reproduction des espèces halieutiques des grands fonds, dont la fécondité est plus faible et la croissance plus lente que les autres.

«Notre étude montre qu’il y a une sous-déclaration systématique des captures réelles. Cela signifie que les gestionnaires de pêche prennent des décisions sur la base de données incorrectes, avec des conséquences dramatiques pour les écosystèmes marins», commente Lissette Victorero, auteure principale de l’étude.

 

Politiques à revoir

Pour restaurer les stocks, les chercheurs préconisent de réduire au maximum, voire d’arrêter, les pêcheries de nombreuses espèces de fond, comme ce fut le cas pour la lingue bleue (Molva dypterygia) avec l’introduction de zones de protection.

Pour Claire Nouvian, présidente de l’ONG Bloom et co-auteure de l’étude, ces résultats devront être pris en compte par les responsables politiques fin 2018 lorsqu’ils fixeront le total admissible de capture et les quotas pour les espèces profondes dans l’UE. 

 



[1] Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture

[2] Ce projet regroupe des équipes de chercheurs travaillant dans la plupart des pays pêcheurs

[3] Au fond de la mer

 



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