Pêche: les ministres européens ne veulent pas des quotas pluriannuels

Le 11 mars 2016 par Marine Jobert
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Quel avenir sans quotas?
Quel avenir sans quotas?

Prévoir, à 5 ans, des quotas de pêche pour chaque espèce de poisson: les ministres européens de la pêche ne le veulent pas. Ils réclament de la «flexibilité», à contre-courant du Parlement européen, déterminé à voir appliqués ces quotas pluriannuels prévus par la nouvelle politique commune de la pêche. La situation est bloquée depuis des mois. Une réunion cruciale a lieu le 15 mars.

La nouvelle mouture de la politique commune de la pêche (PCP) n’a-t-elle plus que quelques jours à vivre? C’est la menace qu’agitent le Parlement européen, la Commission et les ministres de la pêche des Etats membres, qui se sont donné jusqu’au 15 mars pour adopter un plan pluriannuel de gestion de la pêche en mer Baltique. Cette première mise en œuvre de la nouvelle PCP dans le cadre de ce trilogue, envisagée comme un galop d’essai relativement aisé (9 stocks, 3 espèces[1], 3 pays pêcheurs), s’avère un parcours d’obstacles, pour l’heure insurmontables. Car personne ne veut faire de concession sur deux points essentiels, imbriqués l’un dans l’autre.

Renouvellement des stocks

Le premier s’appelle l’objectif de ‘rendement maximal durable’ (RMD) et correspond au tonnage de biomasse (de poissons) qui doit rester dans la mer pour qu’un bon renouvellement des stocks soit possible. La PCP y fait explicitement référence, puisqu’elle se donne comme objectif de «faire en sorte que l'exploitation des ressources biologiques vivantes de la mer rétablisse et maintienne les populations des espèces exploitées au-dessus des niveaux qui permettent d'obtenir le rendement maximal durable».

Flexibilité

Le second point de crispation, le plus sensible au plan politique, porte sur le quota pluriannuel de gestion de la pêche. Au lieu de définir, année après année, des quotas de pêche à court terme, la PCP prévoit que les Etats s’engagent sur des quotas révisés tous les 5 ans. Le Parlement européen soutient avec enthousiasme cette nouvelle approche, dont les ministres de la pêche ne veulent pas entendre parler. «Les ministres veulent garder un maximum de flexibilité pour appliquer le RMD en fonction du contexte socio-économique, explique Stephan Beaucher, expert pêche pour l’ONG Pew. C’est le retour des pêcheries à la papa, de ces années de procrastination qui nous ont amenés là où on en est.» Et de rappeler l’hyper fragilité du secteur, suréquipé face à un stock halieutique en forte diminution. «Le problème, c’est celui de la transition: entre la surcapitalisation du secteur aujourd’hui et l’application du RMD demain, il en restera sur le carreau», prédit l’auteur de «Plus un poisson d’ici 30 ans?»[2]. Dans un document de travail, la Commission reconnaît qu'une «réduction des possibilités de pêche pourrait entraîner une légère réduction des bénéfices pour les pêcheurs et l’industrie de la transformation et avoir une incidence négative sur les consommateurs à court terme. Avant de nuancer: Mais le rétablissement de l'état des stocks permettra de garantir des avantages à long terme en matière de profit et de pêche durable. En outre, la réduction temporaire des quotas aboutit normalement à augmenter le prix de ce stock.»

 

La négociation à trois n’est pas encore close. De son issue pourrait découler la mise en œuvre de la PCP dans les autres zones de pêche de l’Union.

 

 



[1] Cabillaud, hareng et sprat.

[2] Les Petits Matins, mai 2011.

 



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