Pêche électrique: le rapport scientifique écarté par Bruxelles

Le 08 janvier 2018 par Stéphanie Senet
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
Des limandes capturées par un chalut électrique
Des limandes capturées par un chalut électrique

L’association Bloom accuse la Commission européenne d’avoir cédé aux lobbies de la pêche industrielle, en classant l’avis défavorable que son comité scientifique a émis sur la pêche électrique dès 2006.

 

Interdite en 1998 dans l’Union européenne, la pêche électrique a de nouveau été autorisée à titre dérogatoire par un règlement de 2007, suivant une proposition de la Commission. Pour justifier ce revirement, Bruxelles s’est appuyé sur un rapport de son comité scientifique, pourtant largement défavorable à cette technique de pêche qui envoie des décharges électriques dans les sédiments pour capturer plus facilement les poissons plats. Ces décharges génèrent des réactions épileptiques, des torsions de la colonne vertébrale, des ruptures de la moelle épinière et des émissions précoces d’œufs non viables.

 

Risque de mortalité accrue

Publié en novembre 2006 par le comité scientifique, technique et économique de la pêche (STECF), ce rapport est révélé ce 8 janvier par l’association Bloom. Pour rappel, le STECF devait se prononcer sur les conséquences biologiques et économiques à court et moyen terme de cette technique de pêche. Il se réfère notamment à une étude sur les effets secondaires de la pêche électrique, publiée en 2003 dans Reviews in Fish Biology and Fisheries, selon laquelle des lésions de la moelle épinière et des hémorragies ont été observées dans 50% des cas de poissons pêchés. «Cela risque d’augmenter la mortalité des espèces ciblées et non ciblées», note le comité selon lequel des expérimentations complémentaires doivent être menées. «Un certain nombre de problèmes doivent être résolus avant que toute dérogation puisse être accordée», poursuit-il.

Les scientifiques ajoutent que l’amplitude et la fréquence des impulsions sont largement responsables des dommages occasionnés aux poissons, mettant en cause la puissance de 15 volts «recommandée» par la Commission.

 

Lobby de la pêche néerlandaise

«La décision de la Commission d’ignorer son propre comité d’experts et de lever l’interdiction de la pêche électrique pour satisfaire les intérêts d’un groupe d’intérêts privés (l’industrie de la pêche néerlandaise) constitue une violation flagrante du Code de conduite des commissaires. Les citoyens et les pêcheurs européens n’ont pas à subir les conséquences d’une décision arbitraire qui contrevient au principe de précaution», écrivent 17 associations dans un communiqué commun. L’ONG Bloom a notamment été rejointe par End ecocide on earth, The black fish, et Blue marine foundation.

Toutes demandent à Karmenu Vella de retirer toute dérogation à l’interdiction de la pêche électrique de sa proposition législative sur le règlement ‘Mesures techniques’. Outre des dommages à la faune marine, le chalutage électrique génère des taux de rejets très élevés, de l’ordre de 50 à 70%, ce qui est plus de 10 fois supérieur à ceux des fileyeurs artisanaux.

Bloom a déjà déposé auprès de la Commission, le 2 octobre, une plainte contre le gouvernement néerlandais en raison d’un dépassement du nombre de licences de pêche électrique autorisées.

 

La balle au Parlement

La mobilisation des ONG s’accentue alors que le Parlement européen doit se prononcer le 16 janvier, en séance plénière, sur la révision du règlement encadrant la pêche électrique. Le 21 novembre, les députés de la commission Pêche avaient donné leur feu vert.



Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus