Pêche : Bruxelles présente la réforme de la dernière chance

Le 12 juillet 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Une bonne partie de la flotte européenne pourrait partir à la casse.
Une bonne partie de la flotte européenne pourrait partir à la casse.

Bruxelles présente, demain, son projet de réforme de la pêche. Seul schéma, selon la Commission et nombre d'ONG, capable de conjuguer la préservation de l'activité et la reconstitution des stocks.

La Commission européenne va proposer demain 13 juillet, une réforme radicale de la pêche en Europe qui vise notamment à réduire la flotte et les captures, au risque d'un affrontement avec les grands pays concernés, tels la France et l'Espagne.
 
Tirant le constat d'échec d'une réforme datant de 2002, la commissaire européenne à la Pêche Maria Damanaki insiste sur la nécessité d'agir, alors que 75% des ressources halieutiques de l'Union européenne sont surexploitées.
 
La réforme qu'elle met sur la table a pour pierre angulaire l'instauration d'un marché des droits individuels de pêche, des «concessions» que les pêcheurs pourront vendre au plus offrant s'ils veulent quitter la profession. Une forme d'économie de marché dans un système aujourd'hui très régulé par les pouvoirs publics.
 
Le mécanisme a permis de réduire la flotte de 30% au Danemark, où il est déjà appliqué, et n'empêche pas l'Australie, la Nouvelle-Zélande ou la Norvège d'avoir un secteur prospère, fait valoir M. Damanaki. Actuellement la flotte européenne ne diminue que de 2% par an.
 
Mais l'idée est critiquée tant par les ONG comme Greenpeace que par certains Etats comme la France. «Le système favorise les plus gros qui ne sont pas les plus respectueux de l'environnement», analyse Saskia Richartz, de Greenpeace.
 
«C'est une dérive capitalistique», dénonce Pierre-Georges Dachicourt, président du comité national des pêches français.
 
La commissaire grecque a toutefois prévu des garde-fous. Seuls les navires de plus de douze mètres ou ceux dotés d'engins traînants (chalutiers, drague) seront obligatoirement concernés, les pays restant libres d'exclure la flotte artisanale du système ou d'interdire les rachats par des navires de pavillon étranger.
 
Plus généralement «cette réforme est une occasion unique de sauver nos mers», salue Greenpeace.
 
Elle pose le principe d'une approche pluriannuelle pour mettre fin aux marchandages annuels sur les quotas, dans l'objectif de parvenir d'ici 2015 à ne prélever que des quantités de poisson ne mettant pas en danger la reproduction du stock («rendement maximum durable»).
 
Bruxelles envisage également l'interdiction progressive d'ici à 2016 des rejets de poisson, par exemple en obligeant les pêcheurs à débarquer au port tous les poissons capturés, y compris les plus petits jusqu'ici rejetés en mer.
 
L'Espagne et la France, les numéros un et deux du secteur, sont sceptiques. A l'avenir, «nos pêcheurs ne pourront plus partir douze jours d'affilée en mer d'Irlande s'ils doivent remplir leurs cales de poisson invendable», dénonce P-G. Dachicourt.
 
Madrid et Paris ont également signé avec quatre autres capitales un texte rejetant la suppression programmée des primes à la casse, alors qu'elles sont jugées inefficaces par Bruxelles et les défenseurs de l'environnement.
 
Enfin, alors que l'UE importe aujourd'hui les 2/3 du poisson qu'elle consomme (voir le JDLE), la proposition assure la nécessité d'appliquer les mêmes règles à tout le poisson vendu dans l'UE. Sans être plus spécifique, déplore un diplomate européen.
 
M.Damanaki reconnaît l'ampleur de la tâche, dans un entretien à l'AFP. «Je comprends les inquiétudes des pêcheurs qui aimeraient survivre en pleine crise. Mais nous ne pouvons plus pêcher comme avant, parce qu'il n'y aura plus de poisson».


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