Pêche à la sole: vers des restrictions

Le 22 avril 2005 par Christine Sévillano
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email

Le Parlement européen remet en cause certaines dispositions d'une proposition de la Commission européenne visant la reconstitution des stocks de sole sur le modèle du cabillaud. Les pêcheurs demandent, pour leur part, un traitement de la gestion halieutique plus proche du terrain.

Après le cabillaud, des restrictions de la pêche à la sole pourraient être envisagées dans le cadre de la politique communautaire de la pêche (PCP). Le Parlement européen vient de se prononcer sur un rapport de consultation concernant les mesures de reconstitution des stocks de sole de la Manche orientale (1) et du golfe de Gascogne, qui ont fait l'objet d'une proposition de règlement du Conseil, établie par la Commission européenne. Rédigé par le député français Philippe Morillon et adopté à la majorité, ce rapport remet en cause certains points proposés par la Commission.

Ainsi le Parlement considère que les stocks de sole ne se situent pas en-dessous des «limites biologiques de sécurité» et pour cette raison, il préfère parler de «plan de gestion» plutôt que de «mesures de reconstitution». Le Comité national des pêches maritimes et des élevages marins (CNPMEM) s'affirme d'ailleurs très dubitatif sur cette évaluation des stocks en raison de la qualité des données produites par les scientifiques. «Les chiffres sont produits à partir des données indiquées sur les fiches de débarquement des pêcheurs, qui indiquent surtout la quantité et l'endroit des captures. Mais ils n'utilisent pas d'autres informations comme la taille ou le poids des poissons qui permettraient d'affiner leurs chiffres», explique Jean-Charles Fournier, chargé de mission au CNPMEM. Il rappelle que les choix des données scientifiques, fournies au Conseil international pour l'exploration de la mer (Ciem), diffèrent d'un pays européen à l'autre.

Le Parlement demande aussi que ce plan soit axé sur l'évaluation scientifique de la biomasse des stocks et non sur les taux de mortalité par pêche, proposition de la Commission, qui sont basés sur un coefficient. Ces taux sont calculés à partir du taux de recrutement, de la biomasse des géniteurs et de la biomasse exploitable. «Mais ce savant calcul ne prend pas en compte la qualité des données alors que l'évaluation de la biomasse des stocks permet de travailler sur l'historique de la ressource en poissons depuis 10-15 ans et elle ouvrirait ainsi la PCP vers une gestion pluriannuelle», affirme Jean-Charles Fournier. En effet, la réforme de la PCP doit abandonner les mesures à court terme pour une stratégie sur plusieurs années. Actuellement, les quotas peuvent chuter ou augmenter jusqu'à 60% selon les captures de l'année terminée, alors qu'ils ne prennent pas en compte la réalité des stocks de poissons. «Il existe des cycles observés empiriquement par les pêcheurs qui influent sur les captures, mais qui ne sont pas pris en compte par les scientifiques», poursuit le chargé de mission. Ainsi dans le golfe de Gascogne, l'automne pluvieux avec des houles longues et des vents modérés de sud-ouest aurait, selon les pêcheurs, un effet bénéfique sur les captures de sole.

Les quotas sont décriés aussi pour leur grande irrégularité et leurs effets sur l'économie. Ainsi les forts quotas sur le lieu noir, après une stricte limitation, ont déstabilisé le marché français. «Cinq navires le pêchaient encore il y a quelques années à Boulogne, aujourd'hui seul un pêcheur a résisté. Certes, on a droit à 40.000 tonnes, mais cela n'a plus d'intérêt économique puisque la Norvège, qui en a des stocks plus importants, le propose à des prix plus attractifs», observe Jean-Charles Fournier. Le Parlement européen, qui assure que la proposition de la Commission va dans le sens d'une stratégie pluriannuelle, demande pourtant qu'elle tienne compte davantage des implications environnementales, sociales et économiques. Un point important pour une profession inquiète de son avenir. Elle sort d'ailleurs d'une grève, qui outre la hausse des prix du pétrole, voulait manifester son mécontentement sur les réglementations européennes.



(1) Les côtes bretonnes jusqu'à l'ouest du Cotentin.




A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus