PCB: les cétacés européens en très mauvaise posture

Le 14 janvier 2016 par Romain Loury
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Le grand dauphin
Le grand dauphin

Les dauphins et les orques européens, notamment ceux de l’ouest de la Méditerranée et de la péninsule ibérique, sont les cétacés les plus imprégnés de PCB au monde, révèle une étude publiée jeudi 14 janvier dans la revue Scientific Reports. Une contamination qui explique en grande partie leur déclin actuel, voué à se poursuivre.

C’est la plus grande analyse jamais menée sur le niveau d’imprégnation des mammifères marins par les PCB. Longtemps utilisé dans les composants électriques, ces agents chimiques, perturbateurs endocriniens, ont été interdits aux Etats-Unis en 1979, au Royaume-Uni en 1981, mais uniquement en 1987 dans le reste de l’Union européenne.

Or ces substances très lipophiles (ou hydrophobes) s’accumulent dans les graisses animales. Et en particulier dans celles d’espèces situées au sommet de la chaîne alimentaire, en vertu d’un phénomène appelé «bioaccumulation». Parmi ces espèces, les cétacés, dont les baleines, les dauphins, les marsouins et les orques.

Afin d’en savoir plus la situation en Europe, Paul Jepson, de l’Institut de zoologie de Londres, et ses collègues, ont repris les données d’imprégnation par les PCB de 1.081 cétacés, dont 929 échoués et 152 analysés de leur vivant.

Ils ont étudié quatre espèces, le dauphin bleu (Stenella coeruleoalba, présent dans l’ouest de la Méditerranée), le marsouin commun (Phocoena phocoena, autour des Iles britanniques), l’orque (Orcinus orca) et le grand dauphin (Tursiops truncatus), présents dans les deux zones.

Très au-delà du seuil de toxicité reproductive

Leurs résultats sont frappants: ils révèlent des taux de PCB jamais observés jusqu’alors chez des cétacés au niveau mondial. A l’exception du marsouin commun, ces espèces présentaient toutes des taux de PCB totaux très supérieurs à 41 mg/kg de tissu graisseux, seuil au-delà duquel ces substances entravent la reproduction.

Ce sont les orques, réduits à quelques petites populations dans le détroit de Gibraltar, dans le nord-ouest de l’Ecosse et au sud de l’Irlande, qui présentent les taux les plus élevés: la moyenne se situe autour de 220 mg/kg de lipides. Egalement «hotspot» de PCB, les côtes espagnoles, où les dauphins bleus et les grands dauphins présentent des taux de PCB allant de 62 mg/kg à 525 mg/kg!

Selon les chercheurs, ces produits constituent la plus grande menace pour les cétacés européens. «Beaucoup de mers européennes, dont la Baltique, la Méditerranée et la mer du Nord, sont bordées de pays très industrialisés avec de hautes densités de population, ce qui peut en grande parte expliquer cette forte exposition aux PCB», avancent les auteurs.

Mieux contrôler les rejets

Selon l’équipe, cette contamination marine peut être réduite par un meilleur contrôle des rejets, notamment ceux liés aux bâtiments dont les matériaux isolants contiennent des PCB. Mais aussi par des méthodes plus propres de dragage des ports (dont les fonds sont riches en PCB), ou encore en évitant la contamination par des décharges, qui contiennent du PCB d’origine industrielle ou domestique.

Pour Paul Jepson, «il demeure peu de populations côtières d’orques dans les eaux d’Europe occidentale. Celles qui persistent présentent de très faibles effectifs, avec des taux de reproduction très bas, voire nuls. Leur risque d’extinction face une telle imprégnation par les PCB paraît élevé. Sans nouvelle mesure [pour réduire la contamination], ces produits chimiques continueront à réduire les populations d’orques et de dauphins encore plusieurs décennies».



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