Pays arabes: une dépendance alimentaire de mauvais augure

Le 03 novembre 2015 par Romain Loury
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Une agriculture sous tension
Une agriculture sous tension
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Réchauffement climatique, dégradation des sols, faibles ressources en eau… déjà parmi les plus élevées au monde, la dépendance des pays arabes aux importations agricoles devrait fortement s’accroître d’ici 2050, selon une étude de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra). Au risque de déstabiliser encore plus la région.

C’est l’une des particularités des pays allant du Maghreb au Moyen-Orient: en moyenne, 40% des besoins alimentaires y sont couverts par les importations agricoles, avec des pics à 51% au Maghreb et au Proche-Orient, et à 50% au Moyen-Orient, rappelle l’Inra dans une étude menée pour le compte de l’association Pluriagri [1], et dont les résultats ont été rendus publics fin octobre. Si l’Egypte s’en sort mieux (36%), seule la Turquie jouit d’une situation rassurante, avec seulement 10% de produits importés par rapport à ses besoins.

Il n’en a pas toujours été ainsi: en 1961, la dépendance alimentaire moyenne de ces pays se situait à 10%. Mais en 50 ans, sa population a été multipliée par 3,5, passant de 139 à 496 millions d’habitats. Et avec le développement économique, le régime alimentaire s’est occidentalisé, aussi bien en quantité qu’en qualité. Au final, la demande en produits agricoles a été multipliée par 6, celle de produits végétaux pour l’alimentation animale par 8, et celle de produits végétaux pour l’homme par 6.

Or la production agricole a été multipliée par 4 en 50 ans dans ces pays, l’écart avec la demande se creusant fortement. Une tendance qui pourrait se prolonger, au vu des ressources limitées de ces pays: faibles précipitations, problèmes d’accès à l’eau, sols victimes de l’érosion, de la pollution chimique et de la salinisation liée à une irrigation intensive. Dans l’ensemble de ces pays, plus de la moitié des terres cultivées sont pourtant classées comme non cultivables en raison de leur faible qualité.

Vers une dépendance frôlant les 70%

La situation pourrait donc se dégrader encore plus au cours des prochaines décennies, indiquent les experts de l’Inra. Car outre la croissance démographique et l’évolution de l’alimentation, le réchauffement climatique pourrait faire chuter les rendements agricoles de 10% à 20%, et accroître les problèmes d’eau à un niveau critique.

A l’aide de leur modèle GlobAgri, et en tenant compte d’un scénario climatique «business as usual» (RCP8.5), les experts estiment que la dépendance alimentaire pourrait atteindre 68% au Maghreb en 2050, 67% au Proche-Orient et 64% au Moyen-Orient. La Turquie pourrait en revanche tirer parti de la situation, devenant même exportateur net de produits agricoles.

Un bien sombre scénario, que seule une lutte mondiale contre le réchauffement climatique permettrait d’éviter, avancent les chercheurs. Parmi les autres possibilités testées, à savoir le progrès technique, l’évolution de l’alimentation vers le régime méditerranéen et une diminution du gaspillage, aucune ne permettrait d’empêcher une hausse de la dépendance alimentaire d’ici 2050.

Alors que le Proche-Orient est en plein chaos, et que de nombreux observateurs ont fait état des causes climatiques des actuels conflits syrien et irakien, quel avenir pour ces pays? En l’état, «on ne voit pas trop comment la situation agricole de ces pays peut s’améliorer», constate Bertrand Schmitt,  directeur de la délégation à l’expertise, à la prospective et aux études de l’Inra, contacté par le JDLE. Pour éviter une telle situation, il faut faire montre d’«une responsabilité mondiale sur le réchauffement climatique, et d’une responsabilité européenne sur le devenir de cette région», en les aidant à l’adaptation agricole.

«Les importations agricoles ne sont pas un problème en soi tant qu’on peut les payer et que les approvisionnements sont sécurisés», ajoute Bertrand Schmitt. Mais à dépendance agricole accrue, «il y a un risque d’endettement croissant de ces Etats, qui seront très dépendants des fluctuations des marchés mondiaux, et donc plus à risque de crises alimentaires graves, ainsi que de fortes inégalités sociales du fait de la paupérisation rurale», ajoute-t-il. Et les effets pourraient se faire sentir bien au-delà: au vu des volumes élevés importés par les pays arabes, les marchés mondiaux pourraient voir les prix partir à la hausse, avec un risque pour l’ensemble des pays pauvres.

[1] Pluriagri est une association formée des acteurs des filières des grandes cultures et par le Crédit Agricole afin de mener des études sur les marchés et les politiques agricoles.



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