Pataquès énergétique au Canada

Le 03 septembre 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Pas facile de vouloir produire plus d'or noir tout en réduisant ses émissions de CO2.
Pas facile de vouloir produire plus d'or noir tout en réduisant ses émissions de CO2.
TransMountain

Un projet d’oléoduc montre combien il est difficile pour le personnel politique d’un pays producteur d’hydrocarbures d’engager la transition énergétique.


Il n’y a pas qu’Emmanuel Macron à user du ‘en même temps’. Le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, est coutumier de l’usage simultané des pôles opposés. Promettant notamment de lutter contre le changement climatique tout en favorisant l’extraction d’hydrocarbures.

Tout commence dans les Montagnes rocheuses. Depuis longtemps, Kinder Morgan propose d’accroître la capacité de transport de brut entre l’Alberta, productrice de pétrole , et les ports pétroliers de la Colombie Britannique. La compagnie texane se lance, en 2013, en déposant une demande de permis de construire d’un nouvel oléoduc, jouxtant celui qu’elle exploite déjà.
600.000 barils par jour
Long de 1.147 kilomètres, le premier tube est entré en service en 1953. Les Texans souhaitent lui adjoindre un ‘pipe’ plus gros, capable de véhiculer sur 1.000 km près de 600.000 barils par jour: le double de la capacité actuelle. L’expansion du réseau des pipelines Trans Mountain est déclarée d’intérêt public par l’Office national de l’énergie (ONE, le régulateur fédéral des marchés canadiens de l’énergie). Le gouverneur général du Canada prend son décret, en novembre 2016. La construction peut démarrer.
taxe carbone
Applaudie en Alberta, la décision déplaît fortement en Colombie britannique et au sein de peuples autochtones. La province occidentale, qui fut la première à mettre en application une taxe sur les émissions de carbone en Amérique du Nord, veut éviter toute pollution pétrolière. Six tribus et nations indiennes désapprouvent un projet susceptible de traverser leurs territoires ancestraux.
combien d’emplois ?
Soutenus par les villes de Vancouver, de Burnaby (où se trouve le terminal pétrolier), et deux organisations environnementales, les opposants attaquent le décret devant la cour d’appel fédérale. Prétextant un horizon juridique incertain, Kinder Morgan menace de tout arrêter. Catastrophe pour l’Alberta. Sa Première ministre, Rachel Notley, veut sauver les 15.000 emplois promis par l’industriel américain. Mais surtout les capacités d’exportation vers l’Asie des producteurs de pétrole albertains.
4,5 milliards le tube
A la surprise générale, le Premier ministre Trudeau propose, fin mai, de racheter le vieil oléoduc et le projet d’extension à son promoteur pour la somme de 4,5 milliards de dollars canadiens (3 milliards d’euros). Proposition acceptée le 30 août par les actionnaires de la filiale canadienne de Kinder Morgan. Des actionnaires qui ont eu le nez creux. Quelques minutes avant la fin de leur assemblée générale, la cour d’appel fédérale publiait le jugement, cassant le décret du gouverneur.
n’oublions pas les Indiens
Pour expliquer leur décision, les magistrats estiment que les peuples premiers n’ont pas été suffisamment consultés. La cour reproche aussi à l’ONE d’avoir omis, dans l’évaluation d’impact, d’estimer les effets sur une population locale d’épaulards d’une multiplication par 7 du trafic de pétroliers. Dans la foulée, l’ONE suspend les travaux de pose du pipeline géant. Le début d’une nouvelle crise politique.
Menace sur le vin
Le 30 août, Rachel Notley annonce que l’Alberta se retire du programme fédéral de lutte contre les changements climatiques: «Sans l'Alberta, ce programme ne vaut pas le papier sur lequel il a été écrit.» Auparavant, la province pétrolière avait engagé des mesures de représailles à l’encontre de la Colombie Britannique, lui interdisant notamment toute exportation de vin.

Première politique à avoir instauré une taxe carbone et à plafonner les émissions du secteur pétrolier de sa province, Rachel Notley s’inquiète surtout des effets dévastateurs de l’arrêt de la construction du Trans Mountain 2 sur sa réélection, au printemps prochain. Elle n’oublie pas que sa collègue d’Ontario, Kathleen Wynne, a été sévèrement défaite en juin dernier, notamment pour avoir ouvert un marché du carbone.



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