Passé simple et futur antérieur de l’écologie en politique

Le 03 mai 2017 par Stéphanie Senet et Valéry Laramée de Tannenberg
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Rencontre autour de l'écologie politique avec Géraud Guibert (à gauche) et Alain Grandjean (à droite)
Rencontre autour de l'écologie politique avec Géraud Guibert (à gauche) et Alain Grandjean (à droite)

A quelques heures du débat Macron - Le Pen, la rédaction du JDLE a rencontré deux experts pour évaluer la place de l’écologie au premier tour et envisager son avenir dès le 8 mai. Economiste de l’environnement, Alain Grandjean a animé plusieurs réflexions collectives sur la transition énergétique et son financement. Magistrat, Géraud Guibert est aussi le créateur de la Fabrique écologique, l’un des rares think tanks transpartisans dédiés à l’environnement.

L'écologie a-t-elle tenu toute sa place pendant la campagne ?

C’est sans doute l’une des surprises de la campagne du premier tour de l’élection présidentielle: l’écologie était là et bien là. Mais tout le monde ne l’a pas vue. Alors que deux des principaux prétendants à la magistrature suprême (Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon) avaient fait de l’écologie l’élément structurant de leur programme, ces questions n’ont jamais été abordées lors des débats radio ou télévisés. «Le premier responsable est clairement le système médiatique. Les médias n’ont pas posé de question sur ces thèmes-là dans les grands débats», se désole Alain Grandjean.

Il y a pourtant des raisons d’espérer. Géraud Guibert se réjouit de l’omniprésence de l’environnement dans les programmes électoraux: «On ne peut plus être candidat sans parler d’écologie. C’est nouveau», jubile le patron de la Fabrique écologique. A contrario, l’ancien directeur de cabinet de la ministre de l’environnement Nicole Bricq estime que l’absence d’un candidat écologiste au premier tour a réduit l’appétence pour de nombreux sujets fondamentaux, telle la biodiversité.

 

 

L'écologie a-t-elle été un élément structurant ?

Autre occasion manquée: l’incapacité pour l’écologie de creuser durablement sa marque. Géraud Guibert regrette ainsi qu’au-delà des oppositions traditionnelles entre européens et nationalistes, ou progressistes et conservateurs, l’écologie n’ait pas pu ouvrir de clivage avec les tenants du productivisme. Ces derniers n’ayant pour certains guère de choses à dire sur la question: «François Fillon a été pitoyable sur ce sujet, très réactionnaire, très en retrait. Cela ne lui a pas fait de bien», analyse Alain Grandjean.

 

 

La priorité environnementale du prochain gouvernement?

Il y en a plein, évidemment. «Emmanuel Macron a dit qu’il s’inscrivait dans la continuité de ce qui a été fait dans la transition énergétique. Il faut aller plus beaucoup plus loin que ce qui a été fait», estime l’ancien président du collège d’experts du débat national sur la transition énergétique.

Aller beaucoup plus loin: Géraud Guibert souscrit à ce principe d’action: «Dans le cas où Marine Le Pen serait élue, il risque de ne pas y avoir grand-chose sur l’environnement.» Dans le cas contraire, souligne-t-il, «il faudra amplifier l’action. Pour atteindre nos objectifs en matière d’effet de serre en 2050, il faudrait rénover 1,7 million de logements par an. L’objectif d’Emmanuel Macron, c’est 500.000 logements par an. Ce n’est pas du tout à la hauteur de ce qu’il faut.»

 

 

Quelle sera l’étendue du futur ministère de l’environnement?

Les paris sont ouverts. Pour Géraud Guibert, le défi principal consiste à «conserver l’énergie» dans son champ de compétence, «pour éviter qu’elle ne reparte au ministère de l’économie». Ambitieux, l’ancien secrétaire national du parti socialiste en charge de l’environnement imagine non pas un, mais deux ministères. Le premier serait dédié à la nature, le second à la transition énergétique, avec sous sa coupe la rénovation des logements, les mines et les filières industrielles des transports. De son côté, Alain Grandjean appelle à l’indispensable «rapprochement entre l’environnement et l’agriculture», en raison de l’impact de celle-ci sur la biodiversité comme sur le réchauffement.

 

 

 

Quel avenir pour l'écologie en politique ?

Plus largement, les deux experts veulent que l’écologie politique trouve, à l’avenir, sa vraie place dans la société. «Une place qui doit être centrale», insiste Alain Grandjean. «Il faut remettre les questions d’écologie et d’inégalités sociales au cœur d’une nouvelle pensée politique. Et ce n’est pas avec un logiciel social libéral qu’on va y arriver», note le fondateur du cabinet d’études Carbone 4.

 

 

 



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