Pascal Canfin: l’organisateur de l’événement «structurant du quinquennat»

Le 19 novembre 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Pascal Canfin, ministre délégué au développement.
Pascal Canfin, ministre délégué au développement.
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A quelques heures de son départ pour Varsovie, le ministre chargé du développement recevait les membres de l’Association des journalistes de l’environnement (AJE). L’occasion de revenir sur la conférence climatique qui se tient dans la capitale polonaise depuis 10 jours. L’occasion, aussi, de faire le point sur la préparation du sommet de Paris, au cours duquel un nouvel accord sur le climat pourrait être conclu, en décembre 2015.

Le passé lance parfois des clins d’œil au présent. Les services du ministère chargé du développement sont logés dans l’ancienne imprimerie nationale. Et le ministre est un ancien journaliste. Presque quarantenaire, Pascal Canfin gravit sans bruit les échelons gouvernementaux. Il y a quelques mois, un hebdomadaire lui décernait les lauriers de ministre de l’inutile. Aujourd’hui, l’ex-député européen assure la préparation de la 21e conférence des parties à la convention climat de l’ONU: le sommet climatique de Paris qui devra accoucher, en décembre 2015, d’un nouvel accord mondial de protection du climat. C’est du moins l’objectif fixé. En attendant de célébrer cet «élément structurant du quinquennat», le second ministre écolo fourbit ses armes… diplomatiques.

En arrivant rue de la Convention, Pascal Canfin s’est livré à une minutieuse analyse de la conférence de Copenhague, source de tant de désillusions. Et en a tiré quelques enseignements. «D’abord, nous préparons cette conférence très en amont, souligne-t-il. En collaboration étroite avec les ministères des affaires étrangères et de l’environnement, nous avons commencé le travail il y a déjà un an.»

Un message abondamment relayé par les 151 ambassades de France et les nombreux forums où agissent diplomates et experts tricolores (OCDE, G20, Banque mondiale, etc.). Paris n’est pas encore officiellement chargé de l’organisation du sommet de 2015 (qui aura lieu sur les pistes de l’aéroport du Bourget) que déjà la planète voit les Français s’activer.

La conférence des solutions

Sous quelque latitude que ce soit, leur mot d’ordre est désormais: organiser la «conférence des solutions». En jargon du Quai d’Orsay, on parle plutôt d’«agenda positif». Qu’importe, le concept est le même. Après plus de deux décennies de négociations au cours desquelles on a cherché à imposer des objectifs de réduction d’émission de gaz à effet de serre aux pays riches comme aux pauvres, force est de reconnaître l’inefficacité du procédé. «Si l’on dit que le changement climatique est un fardeau et que chacun doit en porter sa part, il y aura toujours 1 Etat parmi les 193 à ne pas vouloir signer», résume Pascal Canfin.

D’où l’idée de partir des problèmes structurants des pays émergents et en développement pour les inciter à négocier réellement plutôt que de se figer dans des postures stériles. «Lorsque l’on discute avec les dirigeants indiens, on peut regarder nos émissions respectives per capita et se les renvoyer sans fin. Alors que si on leur parle des meilleurs moyens de réduire la fracture énergétique qui frappe 500 millions d’Indiens, on peut tout à la fois travailler sur un problème majeur pour l’Inde et faire avancer la négociation climatique», explique l’ancien rédacteur d’Alternatives économiques. La même démarche devra s’appliquer aux pays riches trop carbonés pour s’engager à alléger significativement leur empreinte carbone. «Prenez un ministre polonais, secouez-le dans tous les sens, il refusera toujours de souscrire à l’engagement de réduire de 40% les émissions de son pays d’ici 2030. Il faudra lui proposer des solutions qui permettent à la Pologne de sécuriser son approvisionnement énergétique, tout en réduisant sa dépendance vis-à-vis du gaz russe et ses rejets de GES.»

Les diplomates listent donc sans relâche les sujets sensibles des parties à la négociation, les compromis qu’il faudra peut-être faire, les coalitions à constituer ou à torpiller. La NSA n’a qu’à bien se tenir.

 

Pas trop de têtes couronnées

Plus sérieusement, l’audit de Copenhague conduit les Français à vouloir limiter un certain bonapartisme diplomatique. Plus question, par exemple, d’attendre des chefs d’état et de gouvernement la résolution à tous les problèmes dans les deux derniers jours du dernier sommet, comme l’avait fait Connie Hedegaard, ex-ministre danoise du climat et ordonnatrice du sommet de Copenhague de 2009.

D’où l’organisation, en septembre prochain, d’un sommet des têtes couronnées, en marge de l’assemblée générale des Nations unies. Une réunion qui devrait permettre, espère-t-on à Paris, de liquider bien en amont bon nombre de sujets qui fâchent.

 

Ne pas payer trois fois

Parmi eux: la délicatissime question du financement. Nombre de pays du Sud veulent faire payer ceux du Nord pour les aider à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, à s’adapter aux changements climatiques et à les dédommager pour les «pertes et dommages» occasionnés par les conséquences du réchauffement (baisse de rendement des cultures, par exemple).

«Il n’est pas possible de nous faire payer trois fois, se défend Pascal Canfin. Surtout qu’avec les pertes et dommages, nous atteignons des montants financiers qui sont hors du réel.» En lieu et place, Paris propose de verdir une bonne partie de son aide publique au développement (APD). Ce qui ne passe pas forcément (on entend déjà les critiques) par un fort accroissement de son APD.

Certes, un projet de loi d’orientation et de programmation du développement et de la solidarité internationale (présenté début décembre en conseil des ministres) affectera au développement jusqu’à 15% du montant de la taxe sur les transactions financières. De même, la taxe sur les billets d’avion sera revalorisée. Mais le plus important n’est pas là.

Suivant les directives de la Banque mondiale, l’Agence française du développement (AFD) ne financera plus les centrales au charbon. Pas moins de 6 milliards d’euros seront ainsi réorientés vers les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique, ces trois prochaines années. Dans la même veine, le bras financier de l’APD tricolore s’interdit désormais de financer des projets impliquant la destruction de forêts primaire, petits puits de carbone.

A la question de savoir s’il croit en ses chances de réussir en 2015, le nordiste répond qu’il faut essayer. Et ce ne sera pas simple, tant la géopolitique est à géométrie variable. Il y a quelques mois encore, le Japon et l’Australie étaient deux puissances pro-actives dans les négociations. Désormais, «le gouvernement australien est climato-sceptique». Et Tokyo ne propose plus que de limiter à 3% ses émissions en 2020, quand elle prévoyait précédemment de les réduire de 25%. L’Union européenne, elle, doit encore accoucher d’une vision commune. Ce sera en mars, lors du prochain Conseil européen.



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