Pas très rentable l’EPR, de l’avis d’EDF

Le 06 juin 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Pour le moment, l'EPR coûte trois fois plus cher que prévu.
Pour le moment, l'EPR coûte trois fois plus cher que prévu.
VLDT

Dans une interview accordée aux Echos, le PDG de l’électricien précise la stratégie hexagonale du groupe. Une autre façon d’enterrer la loi sur la transition énergétique.

 

Petite évolution dans le discours d’EDF. Dans un entretien accordé à nos confrères des Echos, le PDG de l’opérateur historique laisse entendre que la future cheville ouvrière de la production d’électricité dans l’Hexagone pourrait ne pas être aussi rentable qu’imaginé. «Flamanville est un prototype dont le devis a dérivé. Il couvrira ses coûts variables mais il est possible qu'il ne dégage pas une rentabilité très forte», avoue Jean-Bernard Levy.

De 3,5 à 10,5 milliards

L’industriel a le sens de la litote. Initialement, le réacteur conçu par Areva devait être vendu 3,5 milliards d’euros pièce. Les deux premiers exemplaires en cours de construction (Olkiluoto en Finlande et Flamanville en Normandie) coûteront, respectivement, 8 et 10,5 milliards d’euros. A ces niveaux de prix, l’économie n’est plus la même.

Entre 70 et 90 €/MWh

Après avoir découvert la grande complexité du chantier de construction d’un EPR, EDF a révisé ses prévisions à la hausse. En 2014, les patrons de la production nucléaire de l’électricien tricolore tablaient encore sur un coût de construction supérieur à 6 milliards l’unité. Ces futures machines devant produire un courant à un coût compris entre 70 et 90 € le mégawattheure (MWh).

35 années durant

Nous n’y sommes probablement pas. Raison pour laquelle, EDF a conclu un accord hors du commun avec le gouvernement britannique. Validé par la Commission européenne, ce business model prévoit que les deux futurs EPR de Hinkley Point livreront un courant au prix garanti de 117,5 €/MWh, 35 années durant.

Modèle d’affaire qu’EDF aimerait bien transposer en France: «Dans le marché dérégulé, si on doit investir dans des infrastructures à coûts fixes importants, il faut une garantie de prix, comme nous l'avons négocié avec le gouvernement britannique pour Hinkley Point, et Bruxelles a donné son accord», confirme Jean-Bernard Lévy.

Suppression de l’Arenh

Ce ne sera sans doute pas suffisant. Profitant de la faiblesse structurelle des prix de gros de l'électricité, EDF entend mettre un terme à la possibilité donnée à ses concurrents d’acheter jusqu’au quart de sa production nucléaire à prix coûtant. Fixé à 42 €/MWh, cet accès à l’électricité nucléaire (ou Arenh) est, pour le moment, délaissé par les autres électriciens et les fournisseurs qui préfèrent s’approvisionner sur le marché où le courant flirte désormais avec les 20 €/MWh.

Mais nul n’est à l’abri d’une vague de froid (ou de chaleur) ni de l’arrêt inopiné d’une partie du parc d’EDF, comme on l’a vu à la fin de l’année passée. Des événements susceptibles de faire bondir les prix de l’électron. «Cette option gratuite, cette dissymétrie créée au début de la concurrence n'a plus de raison d'être», martèle pourtant Jean-Bernard Lévy.

Suppression des 50%

Autre demande de l’électricien semi-public: s’asseoir sur la loi de transition énergétique pour la croissance verte (LTECV). Ou plus exactement sur l’article de la loi Royal qui réduit la part du nucléaire à 50% de la production d’électricité à l’horizon 2025. Pour EDF, c’est l’ASN qui doit désigner les réacteurs qui devront être fermés.

La sûreté n’est pas politique

Problème: le gendarme du nucléaire ne peut ordonner des arrêts définitifs que pour des raisons liées à la sûreté. L’autorité indépendante présidée par Pierre-Franck Chevet n’a pas vocation à faire appliquer l’objectif politique fixé par la LTECV. Objectif qui semble bel et bien mort-né. Le précédent gouvernement ayant décidé de laisser à l’exploitant l’opportunité de demander l’abrogation des décrets d’autorisation de fonctionnement de ses tranches plutôt que de les lui imposer.

Pour finir, Jean-Bernard Lévy, dont le groupe est en passe de racheter la division Réacteurs d’Areva, entend bien entamer le remplacement des plus anciens réacteurs par des EPR, fussent-ils de nouvelle génération. Nous avons le temps. Ces cousins du réacteur cotentinois n’existent encore que sur le papier.



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus