Pas simple de «désinvestir» des énergies fossiles

Le 28 août 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Pas simple d'investir ailleurs que dans les fossiles.
Pas simple d'investir ailleurs que dans les fossiles.

Ne plus investir dans les énergies fossiles. C’est le mot d’ordre de Fossil Free, une campagne de lobbying initiée par l’OGN 350.org. L’idée qui la sous-tend est toute simple: pour réduire les émissions de CO2, ne finançons plus les entreprises qui mettent sur le marché pétrole, gaz naturel et charbon. «Investisseurs de tous les pays, retirez vos billes des compagnies pétrogazières et des mines de charbon», pour le dire autrement.

l'effet Stanford

Plusieurs gros gestionnaires d’actifs s’y sont essayés. En mai dernier, l’université Stanford a annoncé, tambour battant, que son fonds d’investissement ne mettrait plus un dollar dans les compagnies charbonnières. De nombreuses riches églises américaines ont entonné le même credo. Perfides, les mauvaises langues souligneront que les valeurs charbonnières[1] ont perdu la moitié de leur valeur depuis deux ans.

Pour autant, «désinvestir» des productions d’énergies fossiles n’est pas chose aisée, rappelle une note de Bloomberg New Energy Finance (BNEF), publiée mardi 26 août. La très grande majorité des gestionnaires d’actifs entendent gagner de l’argent en achetant des titres d’une entreprise. Or les cours des pétrogaziers semblent durablement orientés à la hausse. Depuis juillet 2012, l’indice Bloomberg World Oil & Gas Index a pris 25%.

5.000 milliards de dollars

De plus, les secteurs des hydrocarbures et du charbon ont une solide assise financière. La capitalisation boursière des 1.800 compagnies pétrolières et charbonnières cotées frôle les 5.000 milliards de dollars (3.800 milliards d’euros). A elle seule, ExxonMobil «vaut» 425 Md$: l’équivalent du PIB autrichien! Bref, pour influer sur la stratégie de ces groupes, il faudra massivement «désinvestir». Ce qui n’est pas gagné.

Bon nombre des principaux soutiens financiers des producteurs d’énergies fossiles sont pieds et poings liés avec ces entreprises. Directement, les institutions publiques russes, norvégiennes, colombiennes, indiennes, indonésiennes ou chinoises détiennent plus de 420 Md$ (319 Md€) d’actifs pétroliers, gaziers et charbonniers. Elles n’ont donc aucun intérêt à voir leur valeur baisser.

D’autant qu’il existe peu de secteurs susceptibles d’attirer une masse de capitaux aussi importante que les fossiles. Les obligations vertes[2] ? Certes, il existe des «Green Bonds» dont le développement est exponentiel, mais ridicule. Selon BNEF, leur capitalisation devrait atteindre une quarantaine de Md$, cette année. Le prix d’une quarantaine de (grosses) plates-formes pétrolières.

Les renouvelables? Un marché encore trop petit et surtout trop incertain, souligne BNEF. En 2013, le montant des investissements mondiaux dans l’éolien et les énergies solaires s’est élevé à 214 Md$ (162 Md€), contre 280 deux années auparavant.

Alors quoi? Avec une capitalisation supérieure à 7.000 Md$ (5.312 Md€), les technologies de l’information sont une alternative crédible aux énergies fossiles. Problème: elles n’ont pas le même impact sur le changement climatique.



[1] Du moins celles intégrées au Bloomberg World Oil & Gas Index et au Bloomberg World Coal Index

[2] Les Green Bonds ou «obligations vertes» sont des obligations ayant pour objet de financer des investissements qui comportent un bénéfice environnemental ou réduisent la vulnérabilité à des changements environnementaux.

 



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