Pas rentable, le Grenelle ?

Le 09 décembre 2010 par Valéry Laramée de Tannenberg
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A partir de 2021, l'impact sur l'emploi et le PIB du Grenelle deviendrait négatif
A partir de 2021, l'impact sur l'emploi et le PIB du Grenelle deviendrait négatif

Dans un rapport, la direction du Trésor estime que le bilan économique du Grenelle de l’environnement sera négatif. Mais nombre d’effets collatéraux ont été oubliés par les économistes de Bercy.

 

Coïncidence ou amorce de virage sur l’aile verte par l’équipe de François Fillon ? Quoi qu’il en soit, on ne peut qu’être étonné de la rapidité avec laquelle la Direction du trésor publie un volumineux rapport sur l’impact économique du Grenelle de l’environnement, quelques jours à peine après le départ du gouvernement de Jean-Louis Borloo.

 

Comme son titre l’indique, le document de Bercy vise à analyser « Les impacts macroéconomiques du Grenelle de l’environnement ». Des impacts qui s’avèrent favorables dans un premier temps.

 

Si les 250 mesures prévues par les lois Grenelle sont effectivement mises en œuvre, l’Etat, les particuliers et les entreprises seront conduits à investir (à peu près à parts égales) environ 450 milliards d’euros.

 

« A court / moyen terme, la croissance et l’emploi sont stimulés par ces investissements et par la réduction des importations de combustibles fossiles auxquelles se substitue en partie la production nationale. Jusqu’en 2020, les effets multiplicateurs de ces investissements dominent l’impact négatif du financement de leur coût sur l’économie. Le surcroît d’activité attendu est compris entre 0,4 et 0,5 % la première année dans tous les scénarios, pour atteindre un maximum en 2014 entre 1,6 et 1,9 %. En 2020, les 4 scénarios conduisent à un PIB plus élevé de 0,4 à 0,8 % par rapport au scénario de référence. Selon les scénarios, l’économie compte entre 200.000 et 250.000 emplois supplémentaires au plus fort des 10 premières années », écrivent les 6 rapporteurs.

 

Pas si mal, mais cela se gâte par la suite. « Cependant, le net ralentissement, puis l’arrêt des investissements, la hausse des prix et celle des prélèvements obligatoires nécessaires au financement des investissements annulent les gains économiques du Grenelle après 2020, par rapport au scénario de référence. Les impacts sur le PIB et l’emploi deviennent négatifs à partir de 2021. La modification des hypothèses sur le prix de l’énergie et l’inclusion ou non des avantages socio-économiques générés par les investissements dans l’analyse ne modifient que légèrement ces résultats. »

 

Les esprits chagrins vont donc conclure que le verdissement de la France est un luxe inutile qu’il faut éviter si l’on veut, au choix, assainir nos finances publiques, maintenir la crédibilité de la France, voire protéger les générations futures. Mais le sujet est trop grave pour le laisser aux seuls économistes libéraux.

 

Car, et ils ne le nient pas, les experts de Bercy « oublient » d’intégrer à leur bilan plusieurs effets bénéfiques — mais difficiles à quantifier financièrement — du Grenelle. A commencer par la baisse annoncée des émissions de gaz à effet de serre. Or, souvenons-nous de l’une des conclusions du fameux rapport Stern : plus nous commencerons tôt à décarboner nos économies, moins cela nous coûtera cher. Comme d’habitude, les économistes oublient les externalités environnementales. Investir dans la trame verte et bleue restera pour eux un coût. Mais la préservation de la biodiversité (avec ces bénéfices socioéconomiques) ne sera jamais un gain.

 

De même, le développement des infrastructures de transport propre (fer, autoroute de la mer, réseau fluvial) des éco-quartiers devra toujours être inscrit au passif. Mais l’amélioration de l’attractivité de la France qui en découlera ne sera jamais gravée à l’actif.

 

Que dire aussi de la réduction des intrants qui va obliger les paysans à investir pour changer leurs pratiques agricoles ? Encore un coût qui ne sera, certes, pas compensé par une baisse de la facture sanitaire et environnementale de l’usage des pesticides ?

 

On le voit, l’exercice auquel vient de se livrer un aréopage de brillantes calculettes de Bercy a ses limites. Bien sûr, leur démonstration est imparable en économie classique. Mais ce système de pensée reste incapable d’intégrer dans sa démarche les ressources naturelles et leurs bienfaits, les effets positifs des innovations induites par les investissements « grenelliens ». Il est donc urgent de rénover notre système de comptabilité nationale. La Commission Stiglitz s’y attelle depuis deux ans. Pourvu que ça ne dure pas.



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