Pas de surmortalité chez les vétérans des essais nucléaires

Le 31 août 2010 par Sabine Casalonga
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Le taux de décès parmi les vétérans des essais nucléaires dans le Pacifique n’est pas supérieur à celui de la population française, selon les résultats de l’étude épidémiologique Sépia, publiée le 9 août sur le site du ministère de la défense, et divulguée mardi 31 août par l’Association des vétérans des essais nucléaires (Aven).

Conduite par un bureau d’études indépendant, Sepia-Santé, à la demande de l’Observatoire de la santé des vétérans, cette étude, la première d’une telle envergue en France, avait pour objectif de rechercher une éventuelle surmortalité parmi les plus de 32.000 vétérans des essais nucléaires menés dans le Pacifique entre 1966 et 1996.

Parmi les 26.625 vétérans[1] inclus dans l’étude, 5.316 étaient décédés au 31 décembre 2008, soit 18 % de ceux qui avaient eu au moins un dosimètre positif et 21 % de ceux dont tous les dosimètres étaient négatifs. Les trois principales causes de décès étaient les cancers (43 %), les maladies cardio-vasculaires (19 %) et les accidents et suicides (15 %).

 « La comparaison de la mortalité de ces vétérans à celle de la population française ne met pas en évidence de surmortalité, que ce soit toutes causes confondues, par cancer, ou pour des pathologies spécifiques potentiellement liées à l’exposition aux radiations », indique l’Observatoire de la santé des vétérans dans sa synthèse du rapport. Une sous-mortalité est au contraire observée : moins 17 % pour la mortalité toutes causes, moins 8 % pour les cancers et moins 23 % pour les hémopathies malignes. Elle pourrait s’expliquer par une meilleure santé générale chez les participants à l’étude (militaires et personnels civils de la Défense), par rapport à la population générale.

Un excès de mortalité (69 %) est toutefois observé pour les mésothéliomes et cancers de la plèvre chez les vétérans de la Marine nationale, lié vraisemblablement à une exposition à l’amiante.

La comparaison de la mortalité des vétérans ayant eu au moins un dosimètre positif (8 %) à celle des vétérans dont tous les dosimètres étaient négatifs (92 %) fait apparaître un risque de décès réduit de 10 % toutes causes confondues, et de 14 % pour l’ensemble des cancers. Cependant, un risque augmenté de 82 % de décéder d’une hémopathie maligne[2] est présent chez ceux ayant eu au moins un dosimètre positif. Ces résultats, « cohérents avec ceux obtenus dans des études effectuées à l’étranger», « méritent une attention particulière ».

L’Aven mentionne le fait que les lymphomes et les myélomes ne figurent pas parmi les 18 maladies ouvrant droit à une indemnisation directe, en vertu du décret du 11 juin 2010[3] (voir le JDLE du 2 juillet). Et s’interroge sur un éventuel lien avec la publication tardive du rapport daté du 12 octobre 2009, promis depuis mai 2009 par Hervé Morin, alors que le projet de loi relatif à l'indemnisation des victimes était examiné au Parlement. « Au moment des débats sur le décret d’application du premier semestre 2010, ce rapport était public mais [nous en étions] dans l’ignorance la plus absolue » souligne l’association de vétérans dans son communiqué.

Une étude en cours devrait permettre d’apporter des informations complémentaires, selon l’Observatoire qui plaide pour renouveler ce bilan dans quelques années.

L’Aven se refuse toutefois à commenter davantage le contenu du rapport, élaboré selon elle « à partir de données partielles et partiales fournies par la DGA (Délégation générale pour l’armement) c'est-à-dire par le ministère de la défense. »

Entre 1960 et 1996, la France a effectué 210 essais nucléaires dans le Sahara et en Polynésie française. Environ 150.000 travailleurs civils et militaires étaient présents sur les sites d’expérimentation et la population polynésienne concernée par les retombées radioactives est évaluée à 10.000 personnes.

 



[1] Vétérans ayant porté au moins une fois un dosimètre au cours d’une expérimentation

2Ce terme regroupe notamment les leucémies, lymphomes et myélomes



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