Pas de panacée pour réduire les émissions de CO2

Le 19 septembre 2005 par Valéry Laramée, pour Enerpresse
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La première journée du colloque organisé par l’Institut français du pétrole (IFP), le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) et l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) l’a montré : capture et séquestration ne sont pas les seules options dont nous disposons pour réduire notre impact climatique.

Réduction des émissions et stockage géologique du CO2. L'intitulé du colloque aurait pu le laisser pense : la capture et la séquestration seraient les seules réponses aujourd'hui disponibles pour réduire l'impact climatique de notre société. Entre 2000 et 2050, révèle une récente étude du Club d'ingénierie prospective énergie-environnement (Clip), les émissions mondiales de CO2 devraient atteindre 877 gigatonnes (Gt), dont 483 Gt «récupérables» et éventuellement injectables dans le sous-sol. Principalement, les rejets des grandes installations fixes, tels ceux des centrales électriques, les raffineries ou des aciéries. Hélas, il n'existe, pour l'heure, aucune solution de séquestration des émissions des bâtiments ni de celles des véhicules (terrestres, marins ou aériens). « Et les transports représentent environ un quart des émissions anthropiques de gaz carbonique », souligne Jean-Claude Gazeau, président de la Mission interministérielle de l'effet de serre (Mies).

«La capture et le stockage ne sont pas la panacée, mais c'est une partie de la solution», reconnaît d'ailleurs Olivier Appert, président de l'IFP. Une solution limitée aussi par la géologie. Surtout si l'on souhaite injecter le CO2 indésirable dans des gisements d'hydrocarbures. Une centrale au charbon de 1.000 mégawatts (MW) émet environ 6 millions de tonnes (Mt) de gaz carbonique par an. «Or, précise Robert Sokolow de l'université de Princeton, il n'y a que 80 gisements pétroliers capables de stocker de tels volumes.» D'autant que le nombre de centrales thermiques est important:4.942, selon le dernier décompte du Giec. Il faudra donc trouver autre chose.

C'est d'ailleurs l'avis de Dominique Dron, professeur à l'École des mines de Paris. «Nous pouvons arriver à diviser par 4 nos émissions de gaz carbonique, car nous avons de nombreuses pistes d'amélioration», juge l'ex-présidente de la Mies. «Les technologies dont nous disposons aujourd'hui, précise l'ancienne présidente de la Mies, nous permettent d'ores et déjà de réduire d'un facteur 2 nos rejets. Nous avons 10 à 15 ans devant nous pour mettre au point d'autres technologies, comme le stockage de l'électricité ou la production et la distribution de l'hydrogène, qui nous permettront d'atteindre le facteur 4.» Une évidence bien comprise à Bruxelles. Philippe Déchamp, de la Direction de la recherche rappelle que «le 7e PCRD mettra 2.951 millions d'euros sur les projets liés à l'énergie, soit 2 fois plus que dans le 6e plan.»

Les technologies destinées aux électriciens ou aux raffineries sont connues: oxy-combustion, séparation des gaz, capture en pré-combustion. La gazéification ne semble pas, en revanche, recueillir tous les suffrages. «Son rendement n'est pas suffisant et cela reste très complexe», avance Lärs Stromberg de Vattenfall. Pour les transports, la stratégie carbonique est tout autre. «Nous avons plusieurs outils, annonce Alain Morcheoine, le directeur de l'air, du bruit et de l'efficacité énergétique de l'Ademe: les carburants, l'utilisation des modes de transport les moins émetteurs et l'organisation générale de la société.» Pour les véhicules légers, les constructeurs travaillent sur le « Stop and go », qui coupe le moteur à l'arrêt; la réduction des cylindrées; l'amélioration de l'alimentation.

À plus lointaine échéance, on peut imaginer une banalisation des véhicules hybrides. Beaucoup plus loin viennent les véhicules électriques qui doivent encore faire leurs preuves, «même si avec les nouvelles batteries ion-lithium, la peur de la panne est devenue évanescente», estime-t-il. Les carburants sont eux aussi pléthoriques. «Les biocarburants sont intéressants car le bilan CO2, du champ à la roue est positif», estime Alain Morcheoine. Ce n'est pas forcément le cas de l'hydrogène ou des carburants de synthèse, dont l'écobilan peut (ou non) se révéler désastreux selon leur mode de production, nucléaire ou thermique. «Si nous voulions passer tout notre parc automobile à l'hydrogène propre, nous devrions, soit doubler notre parc électronucléaire, soit planter 320.000 éoliennes, soit installer 8.800 km2 de panneaux photovoltaïques.» Et si le choix se porte vers les biocarburants, toutes les surfaces agricoles du pays seront plantées en végétaux à carburant. «Manger ou conduire, il faudra choisir», pour l'expert de l'Ademe.

Mais la technologie ne sera pas tout. Certaines réponses passeront par un changement de nos habitudes plutôt que par des années de bancs d'essai. «En Suisse, explique Peter Wiederkehr du ministère autrichien chargé de l'environnement, une expérience de partage de voitures (car sharing) mobilise 60.000 personnes, qui utilisent 1.800 véhicules. Grâce à cette organisation, les gens roulent 20% moins en voiture et émettent 60% de CO2 en moins lors de leurs déplacements.» Bref, résume Lärs Stromberg: «il n'y a pas de silver bullit. Sinon, on le saurait et on l'utiliserait». Un éloge de la diversité.




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