Pas de lien (apparent) entre exposition au mercure et autisme

Le 31 juillet 2013 par Romain Loury
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Aux Seychelles, la consommation de poissons est 10 fois plus forte qu'en Europe.
Aux Seychelles, la consommation de poissons est 10 fois plus forte qu'en Europe.
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Une grande étude menée aux Seychelles remet en cause l’idée d’un lien entre exposition fœtale au méthylmercure, métal lourd qui abonde dans le poisson, et l’autisme chez l’enfant… du moins en apparence.

Les hypothèses fleurissent quant aux raisons pour lesquelles l’autisme n’a cessé d’augmenter ces dernières décennies. Si la maladie est mieux diagnostiquée, donc plus souvent détectée, plusieurs études pointent le rôle de polluants environnementaux, dont les métaux lourds. Parmi eux, le mercure, dont la forme organique, le méthylmercure, freinerait l e développement neurologique de l’enfant.

Or selon l’étude publiée dans la revue Epidemiology par l’équipe de Gary Myers, de l’University of Rochester (Etat de New York), il n’y aurait en réalité aucun lien statistique entre l’exposition fœtale au méthylmercure -mesurée dans les cheveux maternels prélevés au moment de la naissance-, et la présence de signes d’autisme chez l’enfant, détectés selon deux questionnaires -le Social Communication Questionnaire et le Social Responsiveness Questionnaire.

Les chercheurs se sont penchés sur une population particulièrement intéressante en termes d’exposition aux métaux lourds alimentaires: les Seychellois, dont la consommation de poisson est 10 fois plus élevée que celle de citoyens européens ou américains. Raison pour laquelle la Seychelles Child Developmental Study, lancée dans les années 1980 et portant sur 1.784 couples mère-enfant, est considérée comme l’une des études-phares en matière d’impact sanitaire de la consommation de poisson.

Selon cette étude, non seulement les enfants les plus exposés au méthylmercure n’étaient pas plus atteints d’autisme, mais ils semblaient même légèrement moins à risque que ceux dont la mère était moins imprégnée. Plutôt contre-intuitif, ce phénomène a déjà été relevé lors de précédentes analyses de la Seychelles Child Developmental Study portant sur le QI et les facultés de langage.

«Si le mercure peut affecter le développement de l’enfant à de tels niveaux d’exposition, les bénéfices d’autres nutriments trouvés dans le poisson [oméga-3, vitamine E, sélénium] pourraient contrebalancer ces effets négatifs, voire les surpasser», explique l’université de Rochester dans un communiqué. «En matière de consommation de poisson durant la grossesse, le ‘bon’ peut dépasser le ‘mauvais’», ajoute-t-elle.

Conclusion: l’étude suggère peut-être que le poisson est bon pour les femmes enceintes, mais ne blanchit en aucun cas le méthylmercure: selon les chercheurs, il serait intéressant de mener une étude similaire en analysant non seulement les éléments toxiques, mais aussi les nutriments –dont l’oubli constitue une faille importante de leur étude, à la limite du biais statistique.

Début juillet, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) a édicté des recommandations en termes de consommation de poisson, conseillant d’en manger deux portions par semaine, dont une à forte teneur en oméga-3. Parmi les groupes sensibles, les femmes enceintes et les enfants de moins de 3 ans, chez lesquels mieux vaut éviter ou limiter les poissons de rivière bio-accumulateurs, les poissons prédateurs sauvages et d’autres espèces telles qu’espadon, marlin, siki, requin et lamproie.

 

 



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