Pas d’issue favorable pour Fukushima

Le 16 mars 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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A Fukushima, les radiations sont trop importantes pour permettre une intervention humaine.
A Fukushima, les radiations sont trop importantes pour permettre une intervention humaine.

Les unes après les autres, toutes les tentatives de reprise en main de la centrale nucléaire accidentée ont échoué. Les jours prochains seront cruciaux.

 

En Japonais, l’expression Kamikaze signifie «vent divin». Un vent qui, pour le moment, éloigne plutôt des agglomérations les rejets de radiations des 4 réacteurs accidentés de la centrale de Fukushima Dai Ichi. Popularisés durant la Seconde guerre mondiale, les Kamikaze désignent désormais les militaires prêts à donner leur vie pour mener à bien une mission-suicide.

 

Telle est probablement la situation des techniciens, ingénieurs et pompiers qui livrent une lutte acharnée, mais désespérée, contre les flammes et la chaleur résiduelle des réacteurs et des piscines de combustibles de la centrale de tous les dangers.

 

Même si les informations concordantes sont rares, la situation a considérablement empiré ces dernières heures. Selon le centre technique de crise de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), l’eau de la piscine d’entreposage du combustible du réacteur n°4 est en ébullition. Et sans apport extérieur, l’eau s’évaporera. Laissant les crayons de combustible s’échauffer, éclater, avant probablement d’émettre dans l’environnement de grande quantité de radio-éléments. Ce mercredi, à 06h00 heure locale (22h00 mardi 15 mars, heure de Paris), les sauveteurs ont tenté de s’en approcher.

 

Sans succès: le débit de dose de radiation atteignait 400 millisieverts par heure. Trop dangereux: à partir de 100 mSv reçue par le corps humain, les observations médicales font état d'une augmentation du nombre des cancers. Signe des temps, ce niveau de rayonnements a été officiellement rendu public par Tokyo. Dans sa conférence de presse, le porte-parole du gouvernement, Yukio Edano, a indiqué que de tels niveaux sont «clairement dangereux pour la santé». Une première depuis le début de la crise!

 

Deux incendies se sont par ailleurs déclarés dans le bâtiment du réacteur n°4, mais ont été rapidement maîtrisés.

 

Faute d’arrosage insuffisant, la température des piscines des réacteurs 5 et 6 est passée, a indiqué l’exploitant Tepco, d’une quarantaine de degrés à 85°C . «Sans refroidissement, précise l’IRSN, ces piscines pourraient entrer en ébullition sous quelques jours.»

 

L’eau, c’est définitivement l’élément-clé pour résoudre la crise. Hélas , la cinquantaine de sauveteurs toujours sur site (dont on ignore toujours s’il s’agit d’une seule équipe ou de pools de volontaires qui se relaient) semblent ne disposer que de moyens dérisoires pour arroser les réacteurs et remplir les piscines: lances à incendie, camions de pompiers ou engins anti-émeutes.

 

Mercredi matin, un hélicoptère lourd des forces d’auto-défense a tenté de larguer une dizaine de tonnes d’eau de mer. Les pilotes ont dû renoncer: la radioactivité ambiante à la verticale du site est désormais trop forte.

 

L’avenir est clairement au pessimisme. «C'est dans les 48 heures que ça se joue», a jugé lors d'un point de presse Thierry Charles, directeur de la sûreté des usines, des laboratoires, des transports et des déchets de l'IRSN. Avant que la totalité du combustible usé, mais toujours fortement radioactif, ne soit totalement hors d'eau, «il faut compter un jour ou deux, puis les rejets vont apparaître», a-t-il ajouté. «C'est un risque majeur pour deux raisons: ces rejets seraient très importants, et surtout, cette piscine -quasiment en plein air- interdirait l'accès sur le site par la suite en raison de son niveau de radioactivité», a expliqué Thierry Charles.

 

Interrogé sur le niveau que ces rejets radioactifs pourrait atteindre, l'expert de l'IRSN a estimé que dans ce scénario «on serait dans la même gamme de rejets que Tchernobyl». Après l'explosion de Tchernobyl en avril 1986, ce sont près de 12 milliards de becquerels qui, en 10 jours, sont partis dans l'environnement: 30.000 fois l'ensemble des rejets radioactifs atmosphériques des installations nucléaires dans le monde en une année.



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