Paris veut dynamiser la création des aires marines protégées

Le 21 octobre 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La France dispose de 11 km2 d'espaces maritimes.
La France dispose de 11 km2 d'espaces maritimes.
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Pour relancer la protection des mers, la France organise une conférence internationale à Marseille et à Ajaccio. But de l’opération: que l’ONU ouvre, dès l’an prochain, les négociations portant sur un accord de protection de la haute mer.

C’est aujourd'hui que s’ouvre à Marseille le troisième congrès international des aires marines protégées (Impac 3). Peu couru par le personnel politique français (deux ministres sont attendus), cet événement mondial sera pourtant l’occasion de dresser un bilan des efforts menés en faveur de la protection de la biodiversité marine, à quelques mois d’un vote crucial de l’ONU sur le sujet. Le sommet marseillais sera complété par la tenue, les 27 et 28 octobre, d’un «segment» ministériel, au cours duquel moult annonces doivent être faites, tant du côté français que de la trentaine de ministres attendus. Et cela arrive pas à point.

Pollué par nos déchets et nos effluents, réchauffé par le climat déréglé, acidifié par nos émissions de gaz carbonique, pillé par les flottes de pêche, l’océan va mal. De la surface aux abysses, des littoraux européens aux atolls polynésiens, le bulletin de santé est alarmant. Dans les eaux tropicales ou les eaux froides, 20% des récifs coralliens ont disparu. Habitat essentiel aux biodiversités terrestre et marine, les mangroves ont perdu 40% de leur surface ces dernières décennies. Depuis la fin du XIXe, le tiers des prairies marines ont disparu.

50 ans d’efforts

Voilà pourtant un bon demi-siècle que l’Union internationale de la conservation de la nature (UICN) tente d’inverser la tendance. C’est sous sa présidence que se tient, en 1962, la première conférence mondiale des parcs. Totalement rayé des disques durs, cet événement reste pourtant celui où fut évoqué le besoin de protéger la mer et ses écosystèmes.

Les juristes ont beaucoup œuvré pour renforcer cette protection. Ces dernières décennies, ils ont fait signer une dizaine de conventions encadrant les activités marines: Montego Bay sur le droit de la mer, SUA sur la sécurité de la navigation maritime, Solas pour la sauvegarde de la vie en mer, Colreg pour la prévention des abordages en mer, STCW sur la formation des marins, Marpol, Ospar et Helcom pour la lutte contre la pollution, Londres sur la prévention de la pollution des mers résultant de l'immersion de déchets. Pour autant, la pression des activités anthropiques sur les milieux marins s’est accentuée.

10% des mers

Raison pour laquelle, dans son protocole de Nagoya, la convention de l’ONU sur la diversité biologique a fixé, en 2010, l’objectif que 10%, au moins, des zones marines et côtières soient conservées «au moyen de réseaux écologiquement représentatifs et bien reliés d’aires protégées». Pour la France, l’objectif est fixé à 20% des espaces océaniques dont elle a la responsabilité. «Nous avions bien conscience qu’il s’agissait là d’un objectif plus symbolique que politique», dit aujourd’hui l’un des négociateurs.

Sept ans avant l’échéance, nous sommes très loin du compte. Environ 11 millions de kilomètres carrés font l’objet d’une protection plus ou moins efficace. Ce qui ne représente que 3% de la surface occupée par les océans. «Au rythme actuel, dit-on dans les couloirs du Quai d’Orsay, il faudrait un siècle pour atteindre l’objectif fixé à Nagoya.»

7.772 aires de protection

Rarement reliées entre elles, les 7.772 aires marines protégées (AMP) recensées dans le monde revêtent des réalités très différentes. Depuis les arrêtés de protection de biotope français, qui assurent la protection de quelque mètres carrés jusqu’à la Phoenix Islands Protected Area qui protège 410.500 km2 aux alentours de l’archipel des Kiribati. Enfin, nombre de régions ne sont pas ou peu couvertes par des dispositifs de protection. Sur les 232 écorégions recensés par le WWF et The Nature Conservancy, 137 ne protègent même pas 1% de leurs aires.

Il y a donc besoin d’accélérer le mouvement. Un premier élan a été donné lors de la conférence Rio+20, en juin 2012. A porter au crédit de son maigre bilan, le sommet brésilien accouche d’une résolution appelant à lancer des négociations internationales sur la protection de la haute mer. Ce que pourrait finalement décider l’Assemblée générale des Nations unies.

A Marseille et à Ajaccio, les diplomates français espèrent convaincre les gouvernements réticents à la conclusion d’un tel accord, parmi lesquels les Etats-Unis (Washington n’aime pas les accords multilatéraux), mais aussi de gros pays pêcheurs, tels la Russie, le Japon, la Norvège ou l’Islande.

 

Avec 11 millions de km2, l’Hexagone et les DOM-COM possèdent le second espace marin au monde, après les Etats-Unis. S’étendant sur trois océans, cette zone abrite 10% des récifs coralliens du monde, 20% des atolls et 6% des montagnes marines. L’objectif de la stratégie française est de couvrir 20% des zones sous sa juridiction par des aires marines protégées (AMP) d’ici 2020. Pour ce faire, la France s’est dotée d’un arsenal probablement unique au monde. Entre les parcs naturels, les sites Natura 2000, les réserves naturelles ou le domaine maritime public, le Code de l’environnement recense 15 statuts de protection de la mer. Ils ne seront pas de trop. Car, aujourd’hui, notre pays protège moins de 3% de ses eaux (soit 300.500 km2). Il lui faut plus que sextupler la mise pour se conformer à ses engagements internationaux.


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