- 

Paris se dote d’une météo locale du CO2

Le 22 octobre 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
Des cartes d'émission de CO2 actualisées chaque heure.
Des cartes d'émission de CO2 actualisées chaque heure.
Origins.earth

 

A l’initiative de la start-up Origins.earth, la capitale expérimente une évaluation continue des émissions carbonées de son territoire. Le premier pas vers un pilotage affiné de son plan climat.

Au doigt mouillé. C’est, en caricaturant à peine, la principale méthode d’évaluation des émissions de gaz à effet de serre d’un territoire. «Pour réaliser notre plan climat, nous avons utilisé les tableurs du Bilan carbone, dont l’imprécision est parfois grande», reconnaît Célia Blauel, maire adjointe de Paris, chargée du climat.

De l’aveu du climatologue Thomas Lauvaux le degré d’imprécision de la méthode conçue pour l’Ademe oscille, selon les thématiques, entre 30 et 20%. «Ce qui rend très difficile l’évaluation de politiques publiques visant, par exemple, une baisse d’émission de 1% par an», poursuit le chercheur du laboratoire de sciences du climat et de l’environnement (LSCE). La complexité de la réalisation de ces audits modère les ardeurs des collectivités en matière de comptabilité carbone. 

chiffres imprécis

Rarement réactualisés, les bilans carbone fournissent des photographies biaisées de la situation d’un territoire. «On fait des plans climat avec des chiffres qui datent, ce qui est une vraie fragilité», concède Michel Gioriat, directeur régional de la délégation francilienne de l’Ademe.

Comment évaluer plus finement les émissions de GES d’une agglomération? En les mesurant in situ. Depuis une dizaine d’années, les chercheurs du LSCE réalisent ce genre de mesures dans l’agglomération parisienne.

Les premiers résultats du programme CO2 MégaParis avait permis d’estimer à 45,2 millions de tonnes les émissions carbonées franciliennes pour 2007. Et d’en déterminer les principales sources : résidentiel et tertiaire (41%), route (27%), traitement des déchets et industrie (8% chacun), production d’énergie (7%), agriculture (5%), aéroports (3%).

piloter finement les plans climat

Depuis, les capteurs ont progressé. Et les capacités de modélisation des calculateurs aussi. Ces deux avancées ont donné des idées à Fouzi Benkhelifa. Ce spécialiste des politiques énergétiques locales voit rapidement les bénéfices qu’un pilote de plans climat pourrait tirer d’un mariage entre la production de données en continu et la modélisation. «C’est traduire la science climatique en action», résume le créateur de la start-up Origins.eart.

Combien ça coûte? Un tel système se configure selon l’urbanisme de chaque territoire et la précision des résultats souhaitée. Pour autant, Fouzi Benkhelifa estime qu’une collectivité pourra se doter d’une météo locale du CO2 en consacrant un budget «de quelques dizaines de cents par habitant et par an».

Son idée est simple: disposer un nombre suffisant de capteurs sur un territoire pour mesurer en permanence la concentration dans l’air de gaz carbonique. Couplées à un modèle météorologique, ces données permettent de visualiser en direct les concentrations et, sur la durée, de quantifier les émissions.

Avec le concours financiers de Suez et du Climate-Kic européen, une expérimentation a été initiée sur le territoire parisien. Avec des premiers résultats très encourageants: «cela permet d’avoir une météo locale du CO2», s’enthousiasme Célia Blauel.

Moyens conséquents

Les moyens mis en œuvre sont conséquents. Le LSCE a installé sept capteurs à haute résolution (de 0,01 ppm), dix autres le seront prochainement. «Le niveau d’incertitude devrait tomber à 2%», estime Thomas Lauvaux. Complété, le système conçu par Origins.eart devrait non seulement quantifier l’évolution des émissions, mais aussi cibler finement les principaux émetteurs. «Ainsi équipées, les collectivités pourront affiner leurs données en permanence, déterminer les principaux gisements d’économie d’émission et donc hiérarchiser efficacement leurs actions d’atténuation», indique Fouzi Benkhelifa.

normalisation internationale

Mais ce formidable outil reste encore expérimental. Et le restera encore quelques temps. «Nous devons encore faire baisser le prix des capteurs», reconnaît Thomas Lauvaux. Une nécessité, car chacune de ces merveilles de technologie se négocie aux alentours de 80.000 euros pièce.

Si la technique est au point, la méthode mérite d’être gravée dans le marbre. Raison pour laquelle Origins.eart a engagé un travail de normalisation avec l’Afnor et le NIST, son cousin américain. Le tout avec la bénédiction de l’organisation météorologique mondiale (OMM).

En attendant ces précieux sésames, la start-up achève la mise au point d’indicateurs pour la ville de Paris qui permettront, par exemple, de confronter les émissions réelles aux trajectoires fixées par le plan climat. De quoi pimenter la prochaine campagne municipale.