Paris peinera à enrayer la déforestation importée

Le 14 novembre 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Nos importations font reculer les forêts tropicales.
Nos importations font reculer les forêts tropicales.
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Le ministère de la transition écologique a publié, ce mercredi 14 novembre, sa stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée (SNDI). Cette batterie de mesures ne devrait pas avoir grand effet sur les causes réelles du recul des forêts tropicales.


L’Europe se mobilise contre la déforestation. Le 1er novembre, le ministère de l’environnement des Pays-Bas a révélé la publication prochaine par la Commission européenne d’un projet de stratégie communautaire visant à réduire la déforestation ‘importée’. En clair, comment les 27 pourraient s’organiser pour que leurs importations de matières premières (café, cacao, viande) ou de produits transformés (huile de palme) ne contribuent pas à raser les forêts tropicales.
Un sujet majeur pour limiter l’érosion de la biodiversité et le réchauffement climatique . En 5 ans, rappelait il y a quelques jours l’association Envol Vert, les importations tricolores ont probablement contribué à mettre à bas plus de 5 millions d’hectares de forêts dans des pays qui ne sont pas connus pour leur amour du chaos végétal. Un sujet majeur aussi en termes de relations diplomatiques et commerciales. L’an passé, Malaisie et Indonésie ont menacé l’Europe de représailles après que le Parlement européen a émis le souhait de n’autoriser l’importation que d’huile de palme durable, dès 2020.

Objectif 2030
Une fois n’est pas coutume, c’est la France qui, la première, a dégainé. Ce mercredi 14 novembre, le ministère de la transition écologique a rendue publique sa stratégie nationale de lutte contre la SNDI. Une stratégie dont Le JDLE avait présenté la trame en juillet dernier. Son objectif est simple, résume-t-on dans l’entourage de François de Rugy: «Mettre fin, en 2030, à l’importation de produits forestiers ou agricoles non durables contribuant à la déforestation». Pour ce faire, le gouvernement entend «amener chaque acteur (pays producteurs, entreprises, investisseurs et consommateurs) à modifier ses comportements pour diminuer ses impacts sur la forêt». Louable. Est-ce réaliste?

L'AFD fait peur
La SNDI prévoit d’agir à la fois sur l’offre et sur la demande. Dans le premier cas, l’Agence française pour le développement (AFD) aidera les pays producteurs à développer une agriculture intégrant les principes de l’agroforesterie, moins extensive donc. L’AFD devrait consacrer une soixantaine de millions d’euros par an à ce programme. Ce qui alarme Global Witness. L’ONG craint, en effet, que l’exploitation industrielle des forêts tropicales se poursuive grâce au soutien de l’AFD.
Plus flou, les filières sont invitées par Paris à mettre en place des «certifications exigeantes» ou à renforcer les critères des systèmes de labellisation existants. Avec la menace suprême d’étudier, «d’ici à 2020» les conditions de création d’un label ‘zéro déforestation’. Les fazendeiros brésiliens en tremblent déjà. Total aussi, d’ailleurs. Le pétrolier français s’est engagé à limiter à 300.000 tonnes par an ses importations d’huile de palme brute pour sa ‘bio-raffinerie’ de La Mède. Une huile qui sera certifiée durable. Reste à savoir sur quels critères.

Réduire la déforestation importée n’est pas seulement une préoccupation européenne. En 2014, 190 Etats et parties prenantes ont signé la déclaration de New York, appelant à réduire de moitié la déforestation d’ici 2020 et à arrêter les tronçonneuses en 2030. En décembre prochain, lors de la COP 24, les gouvernements devraient lancer un appel à la préservation des forêts mondiales.


En France, les filières devront dès l’an prochain mettre en œuvre des plans visant le zéro déforestation. Les premières mesures de contrôle ou de vérification sur le terrain devant entrer en application en 2020. Parce que la France est déficitaire en protéines végétales (nous importons 40% des protéines végétales que nous utilisons en alimentation humaine et animale), les industriels en importent d’importants volumes. A l’horizon 2030, la SNDI vise l’autonomie protéique de l’Hexagone. Objectif qui est déjà celui du plan protéines végétales du ministère de l’agriculture, mais pour 2020.

refiscalisation des agrocarburants de première génération
Les entreprises seront appelées à plus de vigilance. Le gouvernement pourrait ainsi amender la réglementation pour inclure un chapitre sur la déforestation importée dans les rapports sur la responsabilité sociétale des entreprises (RSE). Plus sérieux, Bercy pourrait supprimer l’exonération de la taxe générale sur les activités polluantes (TGAP) dont bénéficient les agrocarburants de première génération. Il faudra, pour ce faire, attendre les critères de durabilité que doit publier la Commission européenne dans les premières semaines de l’année prochaine. Paris entend ainsi supprimer l’incorporation d’agrocarburants à fort impact sur les forêts en 2030.
L’an prochain, l’Etat publiera un guide destiné aux acheteurs publics. Grâce à cet outil de sensibilisation, l’administration entend arrêter d’acheter toute matière première ou produit transformée anti-forêts à partir de 2022.
Essentiellement volontaire, la SNDI apparaît peu à même de réduire le rythme de destruction des forêts des pays importateurs. Elle est d’ailleurs moins ambitieuse que la Déclaration d’Amsterdam (signé en 2017 par 6 pays européens dont la France) qui vise à supprimer la déforestation imputable aux productions agricoles dès 2020.
S’il se félicite de son lancement, le WWF se montre très critique sur les manques de la SNDI. L’association au panda rappelle notamment que la stratégie ne concerne pas les matières premières incorporées dans des produits importés déjà transformés. Ingrédient de nombreux produits agro-alimentaires, l’huile de palme des pâtes à tartiner ou des gâteaux représente près de 30% des importations d’huile de palme de la France.
 



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