Paris ne contrôle pas assez ses Vélib’

Le 06 novembre 2012 par Stéphanie Senet
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
La CRC met en cause la qualité du service
La CRC met en cause la qualité du service

La Chambre régionale des comptes (CRC) d’Ile-de-France estime que Paris ne contrôle pas assez Somupi, l’exploitant chargé du Vélib’, dans un rapport que s’est procuré le JDLE et qui sera rendu public lors du prochain Conseil de Paris, le 12 novembre. Un manque de surveillance qui déteint sur ses comptes et sur la qualité du service.

Vélib’, c’est aujourd’hui 210.000 usagers abonnés, à Paris et dans 30 communes limitrophes. C’est aussi le fruit d’un marché de 10 ans passé en 2007 entre la ville de Paris et la société Somupi, filiale du groupe Decaux, dont la CRC a passé en revue la mise en œuvre.

Au premier rang des critiques: la qualité du service n’est pas au rendez-vous, en raison de l’inefficacité des indicateurs de performance. La rapidité d’accès à un vélo n’est pas fiable et les défaillances techniques ne sont pas comptabilisées.

Par ailleurs, certaines pannes, comme les crevaisons ou les cadres voilés, ne sont pas sanctionnées par la ville alors qu’elles touchent directement à la sécurité des utilisateurs.

Somupi ne remplit pas non plus ses obligations de maintenance et de régulation. Alors qu’elle est censée contrôler et entretenir les vélos tous les 1 à 2 jours, le rapport note que les résultats sont inférieurs aux normes de qualité définies par le contrat. D’ailleurs, 74% des utilisateurs se déclarent insatisfaits de l’état des vélos, insiste la Chambre.

Enfin, la qualité du service est ternie par la faiblesse de la régulation. La dépose de vélos se concentre en effet sur les XIVe, XVIIIe, XIXe et XXe arrondissements. C’est peu comparé à la trentaine de communes desservies.

Le bât blesse aussi sur le plan financier. Ainsi, l’exploitant encaisse irrégulièrement des recettes destinées à la ville. Il s’agit des recettes enregistrées pendant les 4 premiers mois de l’exploitation et des recettes suivantes, conformément à une convention de 2007 qui permet à Somupi d’encaisser les recettes de Vélib’ avant de les reverser au comptable public. Le hic: cette convention est illégale, comme le rappelle un avis du Conseil d’Etat (mais publié ultérieurement en 2008), lorsque la convention n’a pas été autorisée au préalable par une loi.

Quant au contrôle de l’exploitant, il est inexistant. Selon les juges, les informations fournies par Somupi ne permettent pas à la ville de réaliser des contrôles efficaces. Ni les bases de données ni les livres de l’exploitant n’ont jamais été vérifiés.

De leur côté, les tarifs affichent des hausses injustifiées. Les prix ont en effet augmenté de 19% par rapport au montant initial. La ville de Paris l’impute à l’extension du système en banlieue, ce que conteste la CRC.

Au total, le nombre de vélos prévus -23.801 pour 1.742 stations- n’a jamais été au rendez-vous. La filiale de Decaux en a seulement mis à disposition, en moyenne, 18.210. La municipalité n’a pas pour autant appliqué les pénalités prévues (100€ par vélo manquant et par heure constatée).

Au final, la Chambre régionale des comptes boucle son rapport avec 6 recommandations essentielles. Elle préconise que Paris contrôle mieux la qualité de ses Vélib’ en vérifiant les données transmises par Somupi et en reprécisant les critères de qualité du contrat, afin qu’ils soient pertinents. Aujourd’hui, le pourcentage de bon fonctionnement est évalué en fonction des vélos présents et pas des vélos utilisables. Autres évolutions: la capitale doit encaisser directement les recettes et annuler la convention de mandat de 2007, sans oublier de contrôler les comptes de Somupi et d’exiger les pénalités liées au manque de vélos.

Des recommandations à prendre d’autant plus au sérieux que l’équilibre financier, actuellement favorable à la capitale, pourrait être plus aléatoire à l’avenir selon la CRC.

Le maire de Paris, qui a reçu le rapport le 12 septembre, conteste trois critiques. Selon lui, la qualité du service s’est améliorée entre 2009 et 2011. Une amélioration qu’il attribue à la hausse du nombre d’abonnés et des recettes enregistrées. Il se défend aussi d’une faiblesse de contrôle, précisant que celui-ci allait être effectué très prochainement. Il conteste enfin le calcul des vélos opéré par la CRC, estimant que le contrat exige simplement 75% de vélos opérationnels, soit 17.850, bel et bien mis à disposition.

En revanche, la mairie reconnaît vouloir optimiser les indicateurs de qualité, qu’elle envisage de synthétiser en une seule donnée, ainsi que la régulation du service. Elle n’oubliera pas non plus de résilier la convention de mandat jugée illégale…

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus