Paris: les pics de pollution font de l’élitisme

Le 02 septembre 2015 par Romain Loury
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Personne n'y échappe, certains moins que d'autres
Personne n'y échappe, certains moins que d'autres

A Paris, la mortalité suite aux pics de pollution est plus élevée dans les quartiers défavorisés, révèle une étude française publiée dans la revue PLoS ONE. Entre autres causes probables de cette inégalité, une plus grande exposition à la pollution et une santé en moyenne plus précaire.

Menée par Séverine Deguen, de l’Institut de recherche en santé, environnement et travail (Irset, Inserm/EHESP) de Rennes [1], et ses collègues, cette étude a porté sur 79.107 décès survenus à Paris chez les plus de 35 ans, entre 2004 et 2009. Pour les chercheurs, il s’agissait de déterminer si la surmortalité qui suit les pics de pollution variait selon la classe socio-économique, et si possible d’en comprendre les raisons.

Premier constat: les quartiers les moins huppés, au nord et à l’est de Paris, sont bien plus vulnérables à la pollution de l’air. Suite à un pic de dioxyde d’azote (NO2), la mortalité, toutes causes confondues, s’y élève de 3,14%, contre 0,81% dans les quartiers les plus chics, ceux du centre et de l’ouest.

Egalement à risque, les quartiers où la pollution au NO2 est plus élevée en moyenne sur l’année: un pic de pollution y est plus mortel que lorsque le niveau de fond est plus faible. Situation extrême, les quartiers pauvres, mais aussi très pollués au quotidien, voient leur taux de mortalité s’élever de 4,84% lors d’un pic de NO2.

Le paradoxe parisien

De manière paradoxale, ce sont pourtant les quartiers les plus riches qui sont dans l’ensemble plus pollués. Denis Zmirou, co-auteur de l’étude et directeur du département environnement, santé, travail de l’EHESP [2], explique au JDLE que «la situation de Paris n’est pas classique, et contraste avec celle d’autres grandes villes comme Marseille ou Lille».

«Du fait des grands travaux parisiens de Napoléon III, c’est sur les bords de Seine, sur le boulevard de Rivoli et sur les grands boulevards que la pollution est plus forte. Ce ne sont donc pas les gens les plus modestes qui sont a priori le plus exposés», observe-t-il.

Pourtant, d’autres facteurs pourraient concourir à plus forte dose d’exposition cumulée: un air intérieur moins sain à domicile, plus de temps passé dans les transports en commun, des lieux de travail moins salubres, voire une moindre possibilité de s’échapper à la campagne le week-end.

Autre explication probable, une moins bonne hygiène de vie, avec plus de tabagisme, une alimentation moins équilibrée, moins d’exercice physique. Autant de facteurs qui rendraient les habitants des quartiers défavorisés plus sensibles lors d’un pic de pollution.

Pour Denis Zmirou, «nous sommes face à un effet de fragilisation en continu des populations due à la pollution chronique. Les gens ainsi fragilisés sont alors ‘emportés’ par les pics de pollution et les catégories sociales modestes en sont les principales victimes».

[1] Inserm: Institut national de la santé et de la recherche médicale. EHESP: Ecole des hautes études en santé publique.

[2] Denis Zmirou est aussi professeur à l’université de Lorraine et à la faculté de médecine de Nancy.



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