Paris: le plan Santé Environnement divise

Le 21 septembre 2015 par Romain Loury
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L'air, axe majeur du plan parisien
L'air, axe majeur du plan parisien

Le plan parisien Santé Environnement, le premier du genre dans la capitale, devrait être présenté mi-novembre au Conseil de Paris. Ses grandes lignes, aussi bien pour les pathologies que pour les facteurs de risque, ont été définies et suscitent quelques différences d’appréciation.

En préparation depuis le printemps, ce plan parisien Santé Environnement «visera à réduire l’ensemble des pollutions pour améliorer la santé de ses habitants», avait expliqué Bernard Jomier, adjoint de la mairie de Paris en charge de la santé, en juin lors d’un colloque sur la santé et le climat. Présenté juste avant la COP 21 [1], le projet constitue une première dans une ville de la taille de Paris.

S’il reste beaucoup à faire, de premiers grands thèmes ont d’ores et déjà été définis, notamment en termes de maladies. Dans un document de travail, les experts en définissent 5 grands groupes: les cancers, les maladies cardio-vasculaires, les maladies respiratoires, les allergies et les troubles du développement.

Pourquoi celles-ci? Parce qu’il s’agit de «pathologies graves, fréquentes et pour lesquelles l’environnement joue un rôle suffisamment important pour espérer obtenir un impact sur la morbidité et la mortalité grâce à la réduction des expositions», expliquent les experts.

Quant aux facteurs de risque, 7 obtiennent la priorité: l’air extérieur, l’environnement intérieur, le bruit, le climat (changement climatique-phénomènes climatiques extrêmes), l’amiante, les sols pollués et le plomb. Auxquels s’ajoute un 8e groupe de facteurs «devant faire l’objet d’une attention particulière», à savoir les perturbateurs endocriniens, les nanoparticules, les champs électromagnétiques, les expositions chimiques alimentaires et la sédentarité.

Selon les experts, ces derniers facteurs «n’ont pas été retenus initialement car ils ne sont pas particulièrement prioritaires au regard de la situation parisienne actuelle. L’exposition à ces facteurs est en effet comparable à la situation nationale, voire même souvent plus favorable».

«Pas à la hauteur de l’enjeu»

Il n’en fallait pas moins pour faire tiquer certaines associations. Parmi elles, le réseau Environnement Santé (RES) se montre sceptique sur la hiérarchisation effectuée par la mairie de Paris. Interrogé par le JDLE, son président André Cicolella estime que le plan, dans sa version actuelle, «n’est pas à la hauteur de l’enjeu: le cadre n’est pas le bon, il aurait été bon il y a 30 ans».

Exemple, le saturnisme et l’amiante, «des problèmes du passé qui ne sont pas prioritaires», sont pourtant considérés comme tels, alors que les perturbateurs endocriniens, les nanomatériaux et les champs électromagnétiques ne le sont pas. «C’est une façon de raisonner totalement obsolète, qui est même contraire à l’éthique, si l’on veut éviter que les dégâts sanitaires aient lieu», ajoute André Cicolella.

Dans un document d’analyse, le RES estime que «les perturbateurs endocriniens ne peuvent être considérés comme un facteur de risque émergent (…) On comprendrait mal que cela ne figure pas dans le présent plan au motif que la question ne serait pas encore suffisamment validée, ce qui ne correspond pas à la réalité des données scientifiques».

Lors d’une conférence de presse organisée ce lundi 21 septembre, Emmanuelle Cosse, tête de liste Europe Ecologie-les Verts pour les élections régionales en Ile-de-France, a annoncé vouloir faire de la pollution de l’air son «objectif majeur», selon l’AFP. Entre autres mesures, elle prévoit d’aider 300.000 ménages à changer leur véhicule polluant (750 millions d'euros), de convertir la flotte de bus des transports en commun intégralement en zéro diesel d'ici 2021 et de développer les navettes en grande couronne (750 M€); d’offrir un an de passe Navigo aux habitants abandonnant leur voiture (100.000 personnes, 77 M€), de proposer une aide à l'achat de 500.000 vélos et de développer les pistes cyclables (300 M€). Côté professionnels, la candidate compte aider 150.000 petites entreprises et artisans à s’équiper d’utilitaires plus propres, et envisage d’autre part une «pollutaxe pour les poids lourds et les autocars internationaux», avec un rendement espéré de 400 M€ par an. Lundi, le groupe EELV de l’Assemblée nationale a déposé une proposition de loi visant à l’automaticité des mesures d’urgence lors des pics de pollution.
 

L’air avant tout

Le ressenti est très différent chez France Nature Environnement (FNE), également impliquée dans la préparation du plan. Pour Michel Riottot, président d’honneur de l’association pour l’Ile-de-France interrogé par le JDLE, les priorités choisies «semblent correctes. [En termes de santé] la hiérarchisation, c’est tout d’abord l’air», ajoute-t-il, estimant qu’il ne «faut pas prendre les choses par le petit bout de la lorgnette».

Si Michel Riottot admet que l’amiante est un problème «en cours de traitement», le plomb constitue encore et toujours un risque environnemental important à Paris, qui nécessiterait un «travail énorme» de remplacement de conduites d’eau.

Selon le document préfigurateur du plan parisien, «plus de 70% des cas de saturnisme de l’enfant déclarés en France de 1995 à 2014 l’ont été en Ile-de-France, et plus de 40% des cas franciliens ont été déclarés à Paris (soit un peu plus de 30% des cas français)».



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