Paris lance sa première stratégie sur l’eau de pluie

Le 23 mars 2018 par Stéphanie Senet
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Le zonage pluvial a été adopté le 22 mars à l'unanimité
Le zonage pluvial a été adopté le 22 mars à l'unanimité

Le Conseil de Paris a adopté à l’unanimité, le 22 mars, son premier plan de zonage pluvial pour limiter les débordements d’eaux usées dans la capitale en favorisant infiltration et évacuation.

 

L’an dernier, 3 millions de mètres cubes d’eaux usées ont été déversées dans la Seine sans traitement, pour éviter les débordements des stations d’épuration. «L’idée de ce zonage est de réduire les rejets directs dans la Seine, qui ont été particulièrement importants l’an dernier à cause de l’épisode orageux de juillet 2017. En plus, l’intensification des épisodes pluvieux due au changement climatique risque de les accroître encore davantage», explique au JDLE Mao Péninou, adjoint au maire en charge de la propreté et du traitement des déchets. «Si nous ne faisons rien d’ici 20 ans, en raison de l’urbanisation croissante, les rejets s’élèveront à 4,5 Mm3 et le réseau débordera dans de nombreux lieux supplémentaires lors des fortes pluies», alerte la délibération adoptée par le conseil.

Au XIXe siècle, la capitale avait décidé de collecter les eaux usées et les eaux de pluie au sein du même réseau d’assainissement, afin de les restituer au fleuve après leur traitement. Mais la capacité limitée du réseau a conduit à pratiquer des déversements réguliers, toutefois réduits de 85% dans les années 2000 grâce à une modernisation des infrastructures.

 

Un taux d’abattage opposable

L’étape que souhaite franchir la ville de Paris consiste à «changer d’approche, pour renouer avec la capacité initiale des sols à absorber l’eau». Une gageure alors que l’urbanisation s’intensifie… «Pour récupérer l’eau de pluie, on a découpé la ville en 6 zones selon les caractéristiques de leur sol. Ce volet pluvial sera intégré au zonage d’assainissement et fixera un taux d’abattage allant de 4 à 16 millimètres de pluie par 24 heures[1]. Une fois approuvé, il sera intégré au plan local d’urbanisme et donc opposable aux tiers», poursuit Mao Péninou. Concrètement, il s’appliquera donc à tout projet de construction, de restructuration et d’aménagement d’un espace public. Aucun mode d’emploi à cette évacuation n’est en revanche donné, alors que le taux d’abattage est un objectif de résultat, note France Nature Environnement Paris.

 

Surfaces perméables

Seules quelques solutions alternatives de récupération sont énumérées: jardins de pluie, toitures végétalisées, nouvelles zones humides (prévues dans le plan Biodiversité) mais aussi des surfaces perméables minérales comme des tranchées d’infiltration. A condition qu’elles soient effectivement mises en place.

 

Autour de la table

«Nous sommes le premier département de la petite couronne francilienne à mettre en œuvre un tel plan mais les trois autres départements y travaillent actuellement. Des villes comme New York l’ont d’ailleurs déjà fait», observe Mao Péninou. Pour l’heure, un travail de pédagogie s’engage avec les professionnels pour appliquer ce nouveau zonage pluvial. Les aménageurs et bailleurs sont ainsi conviés, en avril, à s’asseoir autour d’une table du Pavillon de l’Arsenal.

 

Préserver les espaces naturels

Pour France Nature Environnement Paris, «les réponses proposées ne sont pas à la hauteur des enjeux». L’absorption de 4 mm d’eau de pluie en 24 heures n’est ainsi guère efficace alors que les précipitations sont souvent plus importantes (plus de 4 mm pendant 17 jours sur 42 depuis le début de l’année). «C’est comme si on plaçait une éponge sur un toit, résume Christine Nedelec, sa présidente. En pratique, ce nouveau plan permettrait aussi d’artificialiser des espaces dans les Bois de Boulogne et de Vincennes au prétexte que ceux-ci retiendraient 16 mm de pluie. Il y a un réel décalage entre la politique de communication de la ville et les nombreux projets de bétonisation en cours, comme l’abattage de 50 arbres à l’Ecole de physique et de chimie industrielles de Paris pour construire dans les jardins. Chaque jour, on est alerté par des projets menaçant les espaces intérieurs privés, affirme-t-elle. Il n’y a pas de secret. Il faut au contraire préserver les espaces naturels existants pour lutter contre le risque d’inondation et recréer autant que possible de véritables espaces naturels.»

 



[1] 1 millimètre correspond à 1 litre d’eau de pluie par mètre carré

 



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